Courte nuit d’un insouciant ; je me réveille un peu à la bourre vers 7h45. Je bondis vers le restaurant du toit. Thomas est là, je le présente à Hugo et Ben, attablés pour l’occasion avec deux survivants de leur périple d’une dizaine d’heures en bus. Les deux amis d’un petit déjeuner s’en vont et on termine avec deux autres types, style hippie businessman ex-taulard du 20ème siècle. On leur demande ce qu’ils font ; réponse : du commerce de pierre en internationale depuis 20 ans. Ambiance.
Dernières préparations de mon côté, les gars se chargent d’arranger la venue d’un taxi par la pratique petite agence de voyage dans l’hôtel. Ce sera 5500 roupies pour l’aller retour Delhi – Agra, avec un passage par Fatehpur Sikri ; 1400 soit 20 euros par personne. On ne se charge pas des repas et de la nuit du conducteur, mais on paie l’autoroute (2 ou 3 fois 35 roupies par allée) et le parking de Fatehpur Sikri.
Départ donc ; il nous faut une bonne heure pour quitter Delhi, la ville. Puis, peu à peu, les petits villages et la campagne. Enfin, car je voulais la voir. Intéressant.
Évidemment, ça roule n’importe comment, et ces routes à peu près en bonne santé comportent encore un bon nombre de gros trous sur la chaussée, assurant un petit jeu de zig zag en permanence. On s’y fait. Et puis, le taxi est déjà confortable, comparé au bus notamment (mais pour seulement quelques centaines de roupies A/R par personne…), et en plus, on a une Ambassador. La classe.
Deux heures après le départ, pause repas qu’on ne refuse pas. Le chauffeur prévient : on a le choix entre un resto indien, pas cher mais épicé et avec de l’huile crado qui va nous rendre malades, et un resto à la bouffe plus occidental mais cher. “How expensive?” – 1000 roupies à 4. Wow, cher, mais bon.
Arrivée à ce resto démesuré et faussement joli, entouré d’allées de magasins de souvenirs, entourés de terrains vagues à perte de vue. Coup d’œil sur la carte : une putain d’arnaque, avec des prix entre 3 et 4 fois supérieurs à ceux de Delhi, pourtant déjà assez chers pour l’Inde. De quoi nous mettre de bonne humeur, encore plus Hugo et Ben qui ont vadrouillé depuis 2 semaines et qui connaissent les prix. Notre enthousiasme est difficilement dissimulé devant le serveur, qui ne peut se plaindre car on finit quand même par commander. On mange vite fait, mal fait, petite pause pipi avec un type qui espère gagner quelques roupies parce qu’il dit bonjour et propose des serviettes essuie-main, et c’est fini. Envie de se barrer de là. Je me demande si le chauffeur est dans le coup, mais il semble lui aussi concéder que c’est vraiment cher. Ah oui, l’addition : 1600 roupies, avec notamment des chapatis (tranche de pain sec) à 37 roupies l’unité, 7 fois plus cher qu’à Delhi.
On s’en remet doucement. 3 bonnes heures à venir, et le chauffeur (qui doit bien faire le trajet 2 fois par semaine) prend un petit raccourci. Idéal pour voir les routes encore plus démontées, les petits villages vraiment de campagne, et de prendre de superbes photos. Je mets de côté ma caméra et utilise l’appareil de Hugo, un Nikon D60, et les sujets absolument banales sur lesquels je m’essaie donnent des résultats franchement resplendissants. Si mon ambition est de partager mon impression de l’Inde, investir dans un tel matériel permettra de faire ce boulot proprement, en proposant des clichés non seulement informatifs mais aussi esthétiques. Affaire à suivre.
Ca commence à durer ; on arrive à notre première escale : Fatephur Sikri. Cité vestige de la capitale de l’Empire Moghol, sous le règne d’Akbar (1571 – 1585). Zone franchement touristique, avec tout ce que ça comporte d’insupportable. Le trajet parking-entrée de la cité est proposé en tuk-tuk (100 roupies) et en bus (5 roupies). Durée : 3 minutes. Oui, le bus aura été la bonne idée. Sur le chemin pour attendre le bus, une demi-douzaine de types nous sautent dessus pour être engagées en tant que guide, inventant le plus de mensonge possible, sur des taxes supplémentaires à l’entrée, que nous n’aurions pas à payer en leur présence, ou sur la surpopulation des pick-pockets sur le lieu. Tu parle : rien de cela.
Albums photo “Fatehpur Sikri »
Ça continue à l’entrée du lieu, avant de se calmer. On profite un peu et je me dis que malgré tous les encombrements, c’est franchement sublime, et le jeu en vaut la chandelle. Et puis, à mi-parcours, je découvre l’intérêt du Routard et de son plan et explications détaillées. Tout devient plus parlant, plus intéressant.
Ben et Hugo perdus car crevé (nuit blanche la veille pour eux dans le bus) ; je me tente avec Thomas pour la mosquée. Nouvelle entrée = nouveaux démarchages. Un peu d’adultes pour vendre tout et n’importe quoi. Les enfants et leur gentillesse donnent plus envie de répondre, et trois nous suivent. Ils ne demandent rien au début, parlent de tout et sortent quelques mots en français (pas mal à 5 ou 7 ans), et à la fin du tour ils répètent pendant 5 réelles minutes les deux mots : “Ten roupies“. Mon refus est aussi insistant que leur demande : on s’en sort. Et je me demande avec Thomas : comment ces gamins peuvent-ils être déjà autant concentrés sur leur recherche d’argent ? Je ne soupçonnerais pas chez mes neveux du même âge une telle intuition des affaires.
On descend à pied avec Thomas, et des touristes indiens me prennent en photo avec eux. A tous les coups pour mes cheveux peroxydés.

Petite pause boisson et c’est reparti. 1 heure de route pour aller à Agra, et j’ai enfin accumulé assez de fatigue pour piquer un petit somme. Et on arrive rapidement à l’hôtel recommandé par les guides (les livres, pas les types). Petite cour intérieure, chambre spacieuse : le Tourist Resthouse est franchement pas mal. Le chauffeur nous a laissé, on se pose, petite douche, petit dîner, gros fous rires, le moment est agréable, tout comme le personnel, éventuellement francophone. On se couche tôt, vers 10h, car le réveil sera très matinal demain.