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744 heures

Ou 1 mois. Jour pour jour : 2 août, 2 septembre.

C’est passé super vite. Suuuuuper vite. J’arrive pas à réaliser que ça fait déjà un mois. Je me souviens, par exemple, avoir regardé le calendrier à un moment et m’être dit “merde, on est déjà le 20“. Pas vraiment d’idée de temps pendant ce mois, tout est allé très vite.

Je vais vous épargner la revue-bilan thématique, du mois passé. Disons plutôt qu’à côté des petits changements triviaux de monde, il y a des différences importantes dans le quotidien, et parmi celles-ci, un certain nombre sont devenues vraiment appréciables. Je ne sais pas si je suis capable de mettre un nom sur celles-ci dès à présent, mais quitter l’Inde, le temps de quelques jours en Octobre, me permettre de sentir, oui, que quelque chose me manque.

5 jours que je n’ai pas écrit… Vous en aviez perdu l’habitude. C’est inévitable : après un mois, il y a moins de choses à dire. Enfin, surtout, c’est que je suis désormais posé, et que s’organise autour de mon activité (les études) ma vie sociale et mes loisirs.

Quelques petits trucs à narrer, quand même. Depuis jeudi dernier, je suis seul à l’appartement : Stéphanie est retournée en France, pour deux semaines et une dizaine d’examens de rattrapage. Bon courage à elle.

On s’était quittés vendredi avec la soirée allemande totalement hectic. Le weekend a été une nouvelle fois très calme. Je suis resté à l’appartement les deux journées, tentant de lire tant que possible les articles et chapitres de bouquins à rattraper ou étudiés en ce moment. J’aime ce genre de fonctionnement, mais ça prend juste du temps et de l’énergie.

Samedi soir, petite ballade pour aller manger. L’occasion de se balader dans mon quartier et ses nombreux coins qui me sont encore inconnus. Je crains de me répéter mais il faut bien le dire : l’Inde, la nuit tombée, propose des paysages incroyables. Sur mon chemin, une partie ne longe plus des habitations mais plutôt sorte de mur d’établissement, rendant la zone propice à un improvisé parking de rickshaws. Et à cette heure-là, leur conducteurs dorment déjà, rangés aléatoirement sur le trottoir, posés sur le modeste confort, uniquement hygiénique, d’une serviette. On les voit manger, se laver, dormir : vivre. Ils vivent dans la rue. Certains, près des bennes à ordures aux odeurs totalement intenables, mais qui ne semblent pas déranger les vaches et les chiens errants qui viennent y picorer.

Dogs

Rapidement, je me retrouve à Kamla Nagar, que je découvre être une quartier commercial bien plus grand que prévu. Je trouve enfin un petit resto chinois franchisé où je déguste des crispy noodles à la sauce aigre-douce.

Dimanche, mon ami congolais David passe à l’appartement me tenir compagnie pour quelques heures. Le soir, je tente et découvre le Vikrant Café, petit resto toujours plein, aux prix très intéressants (50 Rs pour un plat), et à la bouffe excellente. A 5 ou 6 minutes à pied de chez moi, en passant devant la zone des rickshaw et des ordures. On s’y fait. Superbe découverte, donc : je connais désormais un moyen pour manger pas cher, bon et à peu près propre, midi (la cantine du college) et soir (Vikrant Café). Je retiens la leçon et y retourne trois soirs de suite.

Lundi, début de semaine. Gros problème de sommeil, ça m’arrive assez souvent ici : difficultés à m’endormir, nombreux réveils pendant la nuit. La journée commence bien mais les 6 heures de cours se font sentir sur la fin. Malgré tout, j’accepte l’invitation de Fahra, unique fille de ma classe, à la répétition de son groupe de chant, en vue d’un certain concours. Une petite dizaine d’étudiants se rassemblent dans une des chambres de la résidence du college et travaillent sur une chanson de Enya. Intéressant, je remarque qu’ils parlent entre-eux en anglais. Fahra m’explique que certains d’entre-eux ne parlent pas couramment le hindi; que l’anglais est devenu le medium de la jeune génération.

Retour à l’appart et sieste : c’est obligatoire si j’espère lire un peu ensuite.

Cette journée, s’est manifesté quelque chose déjà entr’aperçu auparavant : Devasia, le prof de Indian Philosophy et Philosophy of Religion, aime beaucoup ma présence en cours, alors qu’il continue à réagir d’emblée agressivement à la moindre remarque d’un autre élève. Ce prof est gentiment détesté et moqué par les étudiants. Je me demande si cette relation préférentielle non voulue m’écartera de mes camarades ; j’aurai la confirmation le lendemain que non. D’ailleurs, je m’intègre très bien dans ce petit groupe très sympathique. Pas de gros choc culturel ici : on se marre tout le temps, parlons des profs, un peu de nos cultures respectives. Les étudiants ont une attitude assez spéciale en cours : un seul prend des notes (et encore), les autres écoutent seulement, texte à l’appui ou pas. Il arrive souvent que un ou deux d’entre eux posent leur tête sur les bras et dorment pendant la moitié d’un cours. Souvent, le prof ne dit rien. Les étudiants ne cachent pas leur fatigue, voire leur désintérêt, et exprime parfois explicitement leur désir que le cour s’arrête prématurément. A côté de ça, il arrive que les profs commencent les cours avec un bon retard, voir ne les tiennent pas, simplement. Par oubli, ou par flemme, j’imagine.

Lundi soir, dure nuit, j’en ressors très fatigué. Mal de tête et aux yeux mardi matin, la journée s’annonce, et est lourde. Déjeuner expédié après 4 heures de cours, je rentre et plonge dans 3 heures de sieste. Plus le choix : il faut rattraper, au moins pour aller mieux, même si cela implique nécessairement des difficultés à m’endormir le soir venu. Du coup, plus de facilités pour étudier, et forme retrouvée.

Ce matin, nouvelle journée de cours. Un peu longue sur la fin, mais globalement intéressante. Le midi, j’accompagne Fahra et un ami à elle, le temps d’une heure. Ce dernier parle un français presque parfait (12 ans d’études), il revient de France où il a passé quelques semaines cet été, et il espère entrer à Sciences Po l’année prochaine, dans le programme pour les étudiants étrangers. Courageux et ambitieux, il espère même, au final, rejoindre l’École Normale Supérieure. Mais avec les références littéraires qu’il me sort, je me dis que ce n’est pas impossible qu’il y arrive.

Déjeuner à la cantine de la Arts Faculty (institution centrale de la fac, concentrant les étudiants plus âgés des Masters), où je retrouve Lauriane et des amis à elle : un hollandais, une africaine du sud, et autre français, prof de notre belle langue à l’Université. But de la rencontre : préparer notre voyage, pour demain, à Rishikesh. Mecque de la méditation, du mouvement hippie occidental en Inde, et tout ça et tout ça. On parle des détails techniques, mais pas trop. Au final, on prendra un bus, départ 21h, première classe, arrivée 7h du matin. Une durée standard en Inde. Trois jours dans les montagnes, autour du naissant Gange. Super.

Mais sinon, on fait connaissance. Mon compatriote est un étudiant de Master (officiellement), qui possède une licence en histoire, assortie d’une licence en Français Langue Étrangère (FLE). Il m’indique que cette dernière licence est en fait proposée en une année à toute personne possédant une licence en sciences humaines. Et qu’il en a profité pour passer une année en Australie, a passé les examens au Laos, et a obtenu plus de 14/20 en étudiant seulement 9 jours.

A quoi bon, me direz-vous ? Eh bien, notre ami s’improvise professeur de français pour les étudiants de 3ème année et ceux de Master 1 et 2. Activité intéressante, conditions au moins autant : l’ambassade, qui l’a embauché, le paie 750 euros par mois (de quoi être bien large en Inde), avec en plus un appartement de fonction, de rien de moins que 80 mètres carrés. Bon.

C’est au tour de notre ami hollandais de me compter sa situation financière. Étudiant en échange depuis l’université d’Amsterdam, il est inscrit en Master de Sciences Politique et a une bourse de… 1000 euros pas mois, autant dire une fortune à Delhi (70 000 roupies – plat de riz à la cantine du college : 10 roupies). Il en est presque gêné; on en rigole. Info intéressante : cette même bourse est proposée aux étudiants venant étudier à Amsterdam. C’est déjà bien plus nécessaire pour les étudiants, indiens par exemple, concernés.

En tout cas, je retiens de tout ça qu’il faut que je me bouge le cul et que je fasse quelques recherches quant à de possibles bourses. Petit coup d’oeil sur Internet pour voir qu’il en existe des milliers à travers le monde, en particulier aux USA (bon à savoir pour mon avenir). Mais entre le système français et le système indien, je vais peut-être bien trouver quelque chose. Bien que ma situation est un peu particulière : pas d’université de base en Europe, et pas de diplôme officiellement préparé pour cette année. On verra.

Femmes pluie

Petit retour en rickshaw, le conducteur ne prend pas le chemin classique et court; il veut apparemment me faire visiter le quartier, sous la pluie chaude. Torrentielle, à force. Je rentre complétement trempé, en appréciant le bruit des flots qui découlent des toits.

  • LL

    (Non moi j’ai cru que tu nous avais oublié ou qu’il t’arrivait rien d’extra…)

    Je reste toujours autant abasourdie par les rencontres que tu fais, je sais pas si ça tient à ta sociabilité extrême ou eux XD En tout cas, comme d’habitude, tu donnes envie (c’est toi le seul qui prend des notes ??), notamment via tes photos et j’espère que tes soucis de sommeil s’arrangent !

    Bisous doux !

  • http://www.urbandictionary.com/define.php?term=hectic MrWak

    Définition de hectic (en VO) : http://www.urbandictionary.com/define.php?term=hectic
    Terme visiblement trop branché pour faire partie du colourful vocabulaire de nos amis les Inbetweeners.

    Les soucis de sommeil, c’est le mood, la chaleur, le bruit ou ta conscience ?

    J’adore tes histoires et tes rencontres ; je te le disais déjà en France, t’as une capacité à faire ça naturellement qui est assez hallucinante.

    Je te kiffe.