Jeudi 3 septembre, petite journée entamée par mon premier cours intentionnellement loupé. Je vois le prof une heure plus tard, et mon explication de mal de ventre semble lui suffire. En même temps, seuls deux étudiants étaient présents à sa leçon matinale.
Cours de Philosophie de la Religion, en petit comité encore. Le prof nous explique qu’un des enseignants du college est décédé, raison suffisante un arrêt des cours à 11h pour aujourd’hui. On s’en plaindra pas.
Pas mal de temps devant moi. Je traîne un peu à la fac avec des amis, et rentre en début d’après-midi chez moi. Dans les rues, des camions se suivent, remplis d’indiens surexcités et survivants de bataille de peinture, apparemment. Liesse populaire dont je ne connais ni les tenants ni les aboutissants.
Sieste bien méritée et préparation du sac pour le soir. Nouvelle grosse dispute avec un conducteur de rickshaw qui demande plus que le montant rapidement discuté au début de la course. Ça ameute ses collègues mais un passant prend ma défense. Comme il peut.
Retrouvailles des amis à la station de métro du Campus Nord pour le départ pour Rishikesh. Il y a Lauriane et Damien, français, Wouter, néerlandais, et Gulshan, d’Afrique du Sud.
Deux stations de métro, et on arrive à Kashmere Gate. Gare routière de Delhi. Bordel, saletés, étranges zones ; il faut se faufiler parmi les arnaqueurs pour trouver les vrais guichets, avant de jouer des épaules pour obtenir son ticket d’entrée pour le bus. Il y a des voyages tous les jours, une fois par heure ou demi-heure pour certaines destinations. Trois types de bus possibles, correspondant aux classes : classique ; sièges inclinables et ventilateurs ; air conditionné. On opte pour la seconde option. Tarif : 210 Roupies par personne et pour l’aller, pour un voyage de 7h et… 200 km. Le bus, en Inde, c’est cheap.
Et en plus, c’est moins chiant que prévu. J’entame les 7h par une grosse discussion avec Damien, source inépuisable d’expériences et d’astuces pour tout voyage. Ce baroudeur de presque 26 ans a visité en près de 15 années le Canada, l’Europe plusieurs fois, l’Australie pendant un an, assortie de 4 mois au Laos, Vietnam, Cambodge, Thaïlande. Au total, il a mis les pieds dans une trentaine de pays. Autant dire que ce petit voyage est une formalité pour lui.
Un peu moins pour moi, mais je découvre bien évidemment qu’il n’y a rien à craindre et que c’est pratique et peu coûteux. Pause dans un petit resto assailli par les bus ; c’est curieusement propre. Tant mieux.
Dans la nuit, on alterne campagnes et petites villes apparemment organisées autour de la route principale. A 1h, 2h du matin, de nombreuses petites échoppes de bouffe sont encore ouvertes.
Le sommeil pointe enfin son nez une petite heure avant notre arrivée à Rishikesh, à 5h. Evidemment, petit groupe de conducteurs d’autorickshaws qui nous tournent autour comme des vautours, jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’on agira sans eux. En attendant, petit thé dans l’entrée d’un hôtel.
5h30, il commence à faire jour ; idéal pour entamer les 7 km qui nous séparent de l’autre bout de la ville, où nous prévoyons de rester pour ces 2 nuits. Et on a le temps : les deux passerelles pour piéton, qui enjambent le Gange, ouvrent à 8h, parait-il.

7 kilomètres, c’est plus long que ce que je crois, surtout avec la fatigue accumulée ces dernières heures. Mais à cette heure-ci, les scènes et en particulier notre découverte du Gange prennent des couleurs sublimes. Un bonheur pour les yeux, retranscrit tant que possible par mon appareil photo un peu faible en contrastes.

Déjà beaucoup de choses intéressantes de remarquées. Beaucoup de Sâdhus, ces ascétiques habillés d’orange. Et des singes, aussi.


Sympa le monkey. Je passe, il se rue sur mon sac de bouffe. A dieu chips et biscuits chocolatés.
Petite visite d’un hôtel un peu cher ; on fouille un peu et trouvons un bien plus intéressant : 1000 roupies pour deux nuits, 2 chambres, logeant 5 personnes. Soit 100 roupies par nuit et par personne, 1,4 euros.
Sieste méritée vers 9h. On se réveille à 13h, difficile mais c’est suffisant pour lancer la machine. Petit resto dans le coin ; on trouve une seconde partie de l’établissement en contre-bas : on s’agenouille sur de fins matelas renforcés par des coussins, et on déguste de drôlement bons et copieux plats, en appréciant le Gange devant nos yeux, et la température complètement agréable.
Il faut quand même faire quelque chose de la journée. On se décide à lancer une petite marche vers des cascades. Le Lonely Planet parle de 3 km ; en fait il nous faut bien 1h30 pour atteindre le début du chemin amenant aux waterfalls. On longe donc des routes de montagnes, les camions slaloment entre nous alors qu’on contemple la vallée et la ville colorée de dizaines de temples qu’est Rishikesh.

Petite pause avant d’entamer la montée, assez éprouvante, mais où les paysages valent complètement le détour. Là, pas grand chose à raconter : les photos parlent d’elles-mêmes. Malheureusement, je me rends compte une nouvelle fois que ma caméra caricature complètement des teintes de couleurs qui donnent aux paysages leur puissance.

Sur le retour, mes tongues en plastiques qui ont pris l’eau me donnent des appuis pas top top. On discute avec Gulshan de cinéma français ; le chemin en parait plus court.
Petit retour à l’hôtel avant un diner expédié dans un resto avec vue sur le fleuve. La fatigue se reconnaît au caractère complètement absurde de notre discussion. Rishikesh est extrêmement calme la nuit, peut-être en particulier dans ce quartier ; ça change de Delhi. C’est appréciable : on en entend même les criquets.
Album photo “Rishikesh, Day 1 : arrivée, ballade“
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Samedi 5 septembre

Le levé ultra matinal (3h30) s’avère inutile : on attend pendant une demi-heure le taxi, sous la pluie prenant de la puissance, au bord d’une place complètement vide. Enfin, en Inde, on est jamais seuls car il y a toujours quelques dortoirs improvisés sous l’abri des échoppes. La météo est trop limite pour ce trek de 5 heures, on rentre dormir. C’est pas de refus.

Je me réveille 5h plus tard, pas trop en forme et sous l’emprise de mes frais cauchemars. Ce qui ne nous empêche pas d’aller prendre un petit déjeuner. Retour, mini sieste qui fait son effet; on part pour le rafting, à l’exception de Gulshan à qui ça ne dit pas. Petite attente encore, dans le magasin assez flambant neuf de l’agence; 4 autres indiens nous rejoignent pour aller quelques kilomètres plus loin, après les cascades vues hier, pour le début de l’aventure.
Deux gamins d’à peine 20 ans sont nos accompagnateurs. 30 ou 40 minutes dans l’eau; du bonheur en barre entre la température clémente, le paysage complètement sublimes (des montagnes de forêts de chaque côté), et le rythme gentillet du Gange. Enfin, par moment ça ressemble plus à des montagnes russes, mais ça rend l’affaire marrante. Un des accompagnateurs tombe à l’eau, l’autre ne s’inquiète pas : il fait juste trempette. Autant en profiter, on y va tous, mais pas tous à la fois. J’y retourne même deux fois, rapidement, puis plus longuement, quand nous sommes au niveau de Rikishesh, la ville.


L’architecture des temples grandiloquents se marient à la nature ultra présente : je suis dans ma petite bulle pendant quelques minutes. Arrivée au niveau des marches où nous nous sommes arrêtés pour prendre des photos vendredi matin. Et retour en voiture, on nous dépose.
L’heure est déjà avancée. Nous retrouvons Gulshan après une douche méritée. Le Gange, c’est sympa mais ça reste crade. Petite ballade pour trouver un resto. Ce Sunset Café semble faire l’affaire.

Et là, c’est le choc. Cadre sublime, personnel très sympathique, et surtout une bouffe incroyable. On partage les plats, et on se régale complètement. Les desserts sont littéralement la cerise sur le gâteaux. Un sacré plaisir. Dans ces moments là, on ne regrette pas d’être en Inde, et encore moins à Rishikesh.

On kiffe, mais du coup on arrive une heure en retard pour la séance réservée de massage. C’est l’Inde, on s’en fout. Cette fois-ci, c’est Wouter qui nous abandonne, mais tant pis pour lui. Des types très chaleureux nous font un massage du dos succulent. La journée se dégoupille bien, il faut avouer.
Quelques minutes de ballades, à la recherche d’un cours de Yoga. Pour demain, peut-être. Ballade, encore et toujours, dans ces petites rues commerçantes mais assez vidées des touristes, étrangers et indiens. On ne trouve pas la plage entr’aperçue depuis le canoé mais juste un petit bout de quai de Gange. On se pose, philosophant en tête à tête avec les étoiles. Agréable.
Enfin, passage obligé par un petit resto nepalais, pour un lassi (sorte de milk-shake légèrement salé) et le désormais classique Pancake nutella. Une journée comme on en voudrait plus souvent.
Album photo “Rishikesh, Day 2 : resto, streets“
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Dimanche 6 septembre
Malgré la très courte nuit, je me lève relativement en forme à 3h30, pour le trek. Seuls Wouter et Lauriane retentent le coup, ce qui n’empêchera pas les deux autres de payer.
Taxi sur la place toujours déserte mais bien plus sèche que la veille. Je reconnais la route jusqu’à ce que la vue impressionnante me fasse comprendre que j’ai du louper un croisement. On monte, on monte, ça ne s’arrête jamais. C’est beau, c’est montagnes pleines de forêts, même dans la nuit noire.
On klaxonne pour réveiller les gardes endormis. Et on arrive en haut. Littéralement. Quelques dizaines de marches, genre Kill Bill. Et puis, dans le noir, on découvre ce petit temple et surtout une vue sublime sur… tout.

Une bonne heure d’attente : le soleil prend son temps.

Et puis, on entame le trek, le vrai. Quelques minutes sur la route, et puis les sentiers, super.
Je reste derrière car :
Deux petites heures pour commencer, on se pose enfin. Ce généreux guide nous offre une pomme ; je m’empiffre de chips ondulées, goût tomates d’Espagne.
Nouvelle marche, une heure. Les petites fermes de la montagne; et puis ces rizières à perte de vue. Sublime. Le système d’irrigation est sophistiqué.

Quelques mètres plus bas, la crème de la crème : une superbe cascade, avec un petit bassin naturelle. J’hésite, mais la baignade s’impose. Je fais bien.


On en sort, il est 9h et deux heures de marche, maximum, nous séparent de l’hôtel. Au bout de quelques mètres, on reconnait l’endroit… notre ballade de l’autre jour ! Eh oui, nous n’étions pas allé suffisamment haut, et avions loupé la piscine de quelques dizaines de mètres.
On arrive à la route, et je me dis que c’est quand même ouf de marcher en montagne : l’arrivée parait si loin depuis le sommet, et en quelques heures on y arrive. C’est superbe, c’est beau.
Un taxi du coin nous prend et raccourcit notre effort. Le guide nous invite enfin à prendre un shortcut dans les petits chemins urbains des arrières-maisons. Qui débouchent sur la passerrelle.
Petite toilette, on règle l’hôtel et les activités de ces 3 jours, et on va déjeuner de l’autre côté du Gange. Encore une sublime vue le Gange, en hauteur cette fois-ci.
Taxi un peu onéreux pour arriver à la station de bus où notre carrosse du jour compte surtout des étrangers. On papote. Dès le départ, je sieste. Obligé. Mais je réveille rapidement. Musique, on regarde le paysage, les indiens qui prennent le bus pour quelques kilomètres. Plus long et douloureux que l’allée. Le bus est quand même une carcasse. Et le chemin n’est pas mieux : je vais voir Wouter et Lauriane à l’arrière et nos deux fronts se confrontent dans un mouvement plein de fougue.
Nouvelles siestes, et contemplation de Delhi qui fait quand même pas mal penser à une poubelle bouillonnante. Quand on passe au dessus des fleuves, ça pue, tendance œuf pourri. Je réalise ce que mes potes étudiants indiens cultivés doivent penser de leur ville, de leur monde. Et je me dis que, ah oui, je vais passer 2 ans ici.
On arrive enfin à 22h, pas trop tôt. On accompagne deux espagnoles pas trop familiarisées avec le métro. Et puis, station de la fac, rickshaw bien plus pacifique que la dernière fois, et je suis chez moi à 23h. C’est pas désagréable.
Un super weekend !
Album photo “Rishikesh, Day 3 : trekking, retour“
Photos où j’apparais + singe bouffe : Wouter.