Mon corps s’habitue aux conditions climatiques. La nuit dernière en a été le signe. Bon, c’est clair que j’ai dormi à nouveau torse nue, sans couverture et avec un gigantesque ventilateur au dessus de moi, mais je ne suis pas sorti de cette nuit trempée de sueur comme jusqu’à présent. Cela explique aussi le réveil repoussé de 3 heures : je commence à trouver du confort, même physiquement.
Au déjeuner, rencontre d’un couple belge. Ils se disent très surpris de mon projet de rester 2 ans à Delhi. En fait, beaucoup de touristes rencontrés m’ont dit cela. Je remarque chez eux un mélange de sentiments : l’hypnose de la vie Indienne, entre climat intenable et choc culturel fort, et émerveillement d’un style de vie différent. Alors, les escapades dans les terres où dans les plus petites villes, semblent convenir davantage à ces baroudeurs.
Je me rase dans le couloir, et un des jeunes employés de l’hôtel me demande ce que j’ai dans les mains. Il est vraisemblablement impressionné par mon rasoir électrique. Ca nous fait marrer tous les deux.
J’ai découvert qu’il y a une station de métro à 5 minutes de mon hôtel. Idéal pour ces premiers jours, pour aller à l’Université. Ce sera mon critère de location, si je trouve une collocation : qu’il y ait une station à proximité. 60 mètres avant la station, un chauffeur d’autorickshaw tente de me persuader que j’ai besoin de son service. Je refuse plusieurs fois, avant d’argumenter que ma destination est à quelques mètres de moi. Il réplique “But you know, subway is crowded…” Ça me fait rire, et le passant qui me suit aussi. Je suis ravi de remarquer que j’arrive à refuser les nombreuses sollicitations dans la rue, que je les sais possibles à tout moment, à chaque coin, et que cela ne m’énerve pas.
Petite ballade sur le campus, à la recherche de mon College. J’y arrive, mais la personne référante pour mon cas n’est de retour que jeudi. Coup d’œil aux salles de cours, dont une estampillée B.A. Philosophy (Hons) : du très rustique. Mais quelques mètres plus tôt, je vois par la fenêtre non vitrée un instantané de cours, où une partie des élèves, debout, semble participer à un débat très prenant.
Je vais à la Indian State Bank du campus. On trouve sur le campus beaucoup de ATM, des distributeurs, mais j’ai besoin d’aller à une vraie banque pour échanger mes dollars, en roupies. Eh oui, les 500 dollars que j’avais pris en vue de l’inscription n’ont pas été acceptés…
Il faut voir une banque indienne de ses propres yeux pour le croire. Une salle gigantesque, avec pleins de guichets placés aléatoirement (ou presque), beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde. Je demande à mon voisin s’il attend pour le même guichet que moi, et sa réponse est qu’il patiente à l’intérieur, où les ventilateurs calment la température, pendant que ses amis sont à l’extérieur, au guichet. Petit coup d’œil, un gros banquier fait tâche face à la vingtaine de personnes, en extérieur, se ruant sur son guichet pour présenter ce qui ressemble à des chèques. Ils ne forment complètement pas une file d’attente. Marrant : ils sont les premiers à rigoler du bordel et de la pression exercée par les épaules de chacun. Parfois, on entend le gros banquier gueuler un gros coup. En Hindi, bien sûr. Ah oui, ici, les indiens se parlent uniquement en Hindi. Tout dans la ville, depuis les panneaux du métro jusqu’aux… présentoirs du nom du banquier, tout est en Hindi, et la plupart du temps traduit en Anglais. Bref, de quoi rappeler à chaque instant qu’on est bien dans une culture très différente.
Mon ami Yves, le congolais, m’a fait une démonstration de Hindi avec un chauffeur de vélo-porteur, hier. Il m’explique n’avoir jamais pris de cours. Simplement, l’habitude, les situations pratiques. J’espère, j’imagine que ça viendra aussi pour moi.
Dans le métro, je retrouve totalement par hasard deux congolais, dont un que j’ai rencontré hier. Nos discussions, en français, attirent pas mal l’attention. Plus tôt dans la journée, j’ai été complimenté plusieurs fois pour mes chaussures ou… mes cheveux ! Eh oui, l’étranger, encore plus le blanc… et encore plus le blond, est l’attraction ici. Certains se contentent d’un mot, d’un petit commentaire, quand d’autres lancent la discussion pour quelques minutes. Je sais que leur gentillesse peut cacher des intentions moins nobles, je prends mes distances avec ces rencontres de quelques instants, donc tout se passe bien.
Journée finie pour moi vers 16h30, le temps d’être de retour à l’hôtel. Eh oui, à moins de se prendre au jeu du tourisme et de la découverte culturelle de la ville, il arrive un moment où on est moins occupé. D’ailleurs, si j’étais venu essentiellement pour découvrir la ville en quelques jours ou semaines, j’aurais éprouvé de la douleur à me balader par cette chaleur.
Du coup, la résolution de mon problème de connexion au réseau arrive à pic. Eh oui, la surprise et la découverte immédiate du pays et de son ambiance se calme après quelques jours, et on revient à ses occupations. Rien de dramatique, simplement la vie normale qui pointe son nez à nouveau.
Cela me permet d’être libre d’occupation plus tôt, et de profiter pleinement du repas sur le toit de l’hôtel. En remarquant que je ne fais plus attention aux sons de klaxon, je me dis qu’on a une capacité inattendue de se mettre à l’écart de notre milieu, le temps de quelques secondes.
Bref, ma vie s’installe ici. C’est clair, je suis loin du sentiment que j’éprouverai quand j’aurai trouver une collocation, mais je m’habitue mentalement et physiquement au lieu. Et puis, rencontrer des connaissances, même peu nombreuses, permet de s’imaginer ici un peu plus facilement. Dans ce processus d’installation, le début de mes cours, en fin de semaine ou la semaine prochaine, parfairera le tout.
Je compte jeter un coup d’oeil, dans les jours qui viennent, à la résidence universitaire près de mon College. Et à celle, réservée aux étudiants étrangers, quelque part sur le Campus Nord. On ne sait jamais. Intérêts : je pourrai trouver une place très rapidement, en quelques jours, je n’aurai pas de trajet à faire et à payer pour aller à mes cours. Inconvénients : les résidences ne sont pas mixtes, il y a des règles un peu strictes (heure limite d’arrivée le soir, etc.), et surtout, je risque de me renfermer autour du campus, voire de mon College. Aux Etats-Unis, j’étais dans une petite ville, donc je ne ratais pas grand chose. Là, à New Delhi, il y a quand même une ambiance de perdue à ne pas vivre en ville. Une ambiance oppressante et peut-être difficile à tenir à la longue, mais une ambiance intéressante et unique quand même. Je ne sais pas, donc.
Je n’arrive pas non plus à me décider pour ma chambre d’hôtel. J’estime payer trop cher, et les habitants locaux me le confirment, et c’est d’autant plus dérangeant que je paie pour une chambre aux caractéristiques inappropriées (grande télévision, gigantesque lit deux places – trois, quatre places ?). Donc aujourd’hui, au moment de payer ma nuit dernière, comme chaque jour, j’ai retenté le marchandage. Cela m’avait valu une réduction de 50 roupies plus tôt, mais là je n’ai pas réussi à en soutirer plus. Et puis, en vérifiant leur livre de registres et en parlant avec d’autres résidents, je me rends compte que je suis dans les prix de l’hôtel. Voire un peu en dessous. L’air conditionné – que je croyais avoir dans ma chambre, mais en fait non – amène le prix à la nuit de 500 à 700 roupies. Et puis, effectivement, les chambres moins chères (par exemple avec des toilettes et la douche en extérieure), sont toutes prises. Je comprends donc que j’ai atterri dans un hôtel certes pas luxueux, mais au dessus de l’hôtel typique, annonçant la nuit à 250 roupies. Plusieurs possibilités pour moi : rester dans ma chambre, en remarquant que quoi qu’il en soit, même 450 roupies/nuit ne me revient pas à grand chose, et profiter du relatif confort que j’ai. Changer de chambre dans le même hôtel pour quelque chose de plus simple, mais pour une différence de prix peu significative. Autant dire : avant tout pour pouvoir se dire “Je ne suis pas tombé dans le piège à touristes“. Ou bien, changer d’hôtel. Au prix d’une ballade en taxi/autorickshaw pas très pratique, et une installation pour, (j’espère,) uniquement quelques jours, avant de trouver un logement fixe.
Bref, en attendant, je reste dans ma chambre. Et passe un petit bout de ma fin de soirée à vous compter mes aventures.
A plus tard !
(Bâillements)
Quelques heures plus tard…
Température plus manque de fatigue = du mal à m’endormir. Et puis, les souvenirs du petit déjeuner dégusté quelques dizaines d’heures plus tôt… sont trop appétissants. Hop, au restaurant. J’arrive et je découvre le staff du resto à dormir sur des chaises ou à même le sol du toit. Un petit groupe se met au boulot pour moi, alors que je suis un peu gêné de sortir un tel caprice occidental. Ils me répètent que ce n’est pas un problème. En même temps, c’est leur travail. A l’hôtel, il y a deux grosses équipes : nuit et jour. De 20h à 8h, et vice-versa.
Je regarde par la fenêtre, de dessus, Main Bazar Road. La rue est déserte, mais quelques personnes dorment aux entrées des petites boutiques. Une vache passe. Un tuk-tuk (autorickshaw), plus rarement, à cette heure tardive… 3 heures du matin. Des chiens couchés sur le flanc. Ambiance incroyable.
Petit passage à l’entrée de l’autre partie de l’hôtel pour régler le problème survenu à nouveau avec la connexion Internet sur mon ordinateur. L’occasion de parler avec le jeune homme de l’accueil. Petite discussion sur sa situation, la mienne, une conversation classique et un peu plus personnelle par moments. Pas longtemps, c’est clair, mais ça vaut le coup de louper une nuit de sommeil rien que pour ça. J’utilise un des ordinateurs de l’hôtel. Un thaï en fait de même. On échange quelques mots… et étrangement, il comprend mieux le Hindi que l’anglais. C’est une limite que l’on trouve avec les chauffeurs d’autorickshaw, commerçants, etc : beaucoup ne connaissent que très peu de mots en anglais. Les jeunes, à l’hôtel en particulier, sont plus à l’aise en anglais (ils ont souvent fait des études et travaillé/fait des stages, avant), et d’ailleurs plus facile à aborder. Mon interlocuteur m’explique que c’est un bon travail : bien payé, et avec peu de pression… en particulier face aux milieux de la finance ou du business auxquels ces études auraient pu lui mener.
Petit souci personnel aussi : j’ai quelques trucs à faire par journée pour me motiver… Mais pas encore assez pour vraiment réussir à me lever et avoir des journées bien chargées. Même si je ne suis pas venu pour ça, je devrais peut-être me balader un peu dans la ville. Trouver une carte pourra être utile, alors.
Good night!