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Mardi 11 août : nécessaire confort

Ma naïveté est charmante, vous ne trouvez pas ? Malgré trois heures de somme la nuit précédente, et une journée dans les pattes, je n’ai pu dormir que 2h, hier soir. Mal de ventre encore présent… mais surtout la chaleur. Dans la chambre, le ventilateur brasse de l’air chaud, et ma peau comme mes draps restent collants, trempés. Impossible de dormir.

Il m’aura fallu quelques jours, et pour cette nuit, 5 heures, avant d’en tirer la leçon : je dois trouver une chambre avec air conditionné. A 5h du matin donc, je tente ma chance. Une est libre, super. En plus, je change de chambre aux environ de l’heure à laquelle j’étais arrivé = pas de charges d’un jour en plus pour la première chambre. Chouette. L’air conditionné change un peu tout. Par exemple, je peux respirer avec le nez. Et c’est pratique.

Je dors quand même tard, vers 7h, avec l’espoir (naïf, là encore), de me lever vers 9h30. C’est vers 13h30 que je me décide à bouger. La rencontre avec le responsable du département Philosophy, ça sera pour plus tard. Reste à voir si je vais jusqu’au campus nord pour continuer la recherche d’appartement. Pas trop la force, et la pluie entr’aperçue pas la fenêtre, conforte mon projet. Mais surtout, des envies subites d’aller aux toilettes me rappellent la faiblesse de ma état, encore aujourd’hui.

Hugo et Benjamin, les deux français rencontrés il y a une semaine, sont de retour. Le temps d’une après-midi, avant de prendre un nouveau train ce soir. Ils ont la pêche. Je leur raconte mes péripéties de santé, et ils me donnent quelques petits conseils. Reste leur conclusion : ça va passer, et après, tout est plus cool.

Je passe 10 minutes dehors pour acheter une carte sim. Minuscule rue perpendiculaire à Main Bazar, je tente l’affaire. Boutique à taille intéressante : de la place pour un bureau, une chaise devant, une chaise derrière, et c’est tout. L’homme est tout de même un revendeur officiel de Vodafone, qui fera office de mon opérateur mobile, en Inde. 420 roupies, dont 210 de crédit.

Très utile. J’appelle Stéphanie pour lui expliquer ma situation du jour ; elle comprend et me conseille de rester à l’hôtel. Dans l’après-midi, elle me rappelle plusieurs fois pour me commenter les appartements qu’elle visite.

Pendant quelques heures, je me repose. Et me rends compte que ça ne m’était pas arrivé depuis quelques jours. L’air conditionné installe une température supportable, agréable, même. Tout d’un coup, le drap redevient nécessaire. Mais on sent bien que le corps n’est plus torturé comme avant. En fait, en Inde, il faut s’autoriser un certain confort. Être dans sa chambre d’hôtel, ou bien être dans son appartement (pour dans quelques jours), c’est s’autoriser une pause dans sa vie indienne. Pause pour le bruit, l’odeur… et surtout la chaleur.

Quelques instants plus tôt, Stéphanie me rappelle et son enthousiasme est de bonne augure. Elle me dit qu’elle vient de visiter un superbe appartement, entièrement refait, avec plusieurs terrasses, à quelques minutes en rickshaw de la fac, dans un quartier charmant et sûr (il y a un gardien à l’entrée). J’irai le voir demain… et ça me remonte un moral, déjà en forme après cette journée un peu plus agréable !

Reste qu’à l’hôtel, j’ai plus grand chose à faire. Internet est utile et une bonne occupation, mais difficile d’y rester plus d’une heure, car il fait quand même bien chaud dans le hall où sont les câbles ethernet. Je charge des vidéos, que je regarde ensuite dans ma chambre. Sinon, je lis un peu, notamment ce pavé intitulé Danube, de Magris, très joli voyage tout au long du fleuve européen. Et puis, j’écoute, je réécoute ce que j’ai dans ma bibliothèque musicale, et je remarque que, quand même, j’ai un paquet de petites pépites totalement inconnues.

Au bout d’une semaine, la relation avec le personnel de l’hôtel devient intéressante. Petits sourires, quelques mots pour chacun. Certains employés, jeunes, offrent un relationnel très agréable. Personne, dans l’hôtel, ne parle un anglais parfait, mais certains s’en sortent un peu. L’accent est toujours le principal obstacle. Autour d’une opération quelconque à régler avec le réceptionniste, il se met à me parler de sa vie. En fait, je commente mon changement de chambre, et lui demande s’il a l’air conditionné chez lui. “No, I am a poor man“, me répond-t-il. Avec sa calculatrice, il me montre le montant de son salaire mensuel : 5500 roupies. Moins de 100 euros. Il m’explique vivre à Delhi, dans un logement d’une simple salle, avec son frère et sa belle sœur. Il travaille 12h par jour, de 8h30 à 20h30, sans pause, sans nourriture… “and no tea!“. Le matin, son frère lui prépare 5 ou 6 chapatis (pain sans levain, typique), et un sachet de veg (vegetables, légumes ; des sortes d’ensembles variés, cuits et saucés). Et pas de vacances dans l’année. Et pas de dimanche. Une heure matin et soir, en bus, dans le trafic, pour atteindre tantôt son lieu de travail, tantôt son modeste logement. Répartition du budget : 2000 pour le logement, 1500 pour la nourriture, quelques autres dépenses et reste 1500, envoyés à la famille. Ses parents, sa femme et sa fille nouvelle née habitent dans une ville en campagne, si j’ai bien compris. Et ils comptent sur cet argent. Enfin, je lui demande son âge. Il me laisse deviner. Je propose un poli “35 ans ?“, mais je pense plutôt 45. Réponse : 30. Une petite calvitie, et la santé déjà franchement détériorée, lui laissent ce corps de quarantenaire bien avancé. Changement d’univers.