Assis sur mon canapé sympa comme tout, on est jeudi soir et je me dis que je pourrais bien vous donner quelques nouvelles.
D’ailleurs, vous avez surement déduit que le précédent article marquait la mise à jour de ce blog. Désormais, pas d’indication de la date dans le titre, car je publierai juste après avoir rédigé.
Quoi de neuf, alors ? Eh bien, la petite vie continue ici. Comme je le faisais remarquer à Stéphanie l’autre jour, plus on avance, plus les coups de fatigue et d’énervement vis-à-vis des conditions et tout ce que ça comporte sont forts. Mais quand cette émotion finit par passer, le sentiment d’aise et surtout la richesse de cette culture semble encore plus forts. Rien que des petits moments du quotidien. Ces petits gamins qui crient “HI!“ avec un sourire disproportionné vu leur taille, à chaque fois que je sors dans la rue. Ça guérit tout, ça.
Le quotidien s’installe, donc. Mes cours commencent en général à 8h50. Levé une heure plus tôt, je descends à l’entrée de la petite cour, 13 roupies pour un demi-litre de lait frais dans un petit sachet en plastique, petit déjeuner, et rickshaw pour aller à la fac, 15 roupies. Mais cette semaine a été un peu spéciale, niveau cours. Des cours annulés, un test dans une matière (la moitié de la promo à passé l’examen…) amenant le prof à annuler le cours de la veille, et surtout un long week-end expliqué jeudi par les élections des syndicats étudiants, et demain vendredi, la fête des freshers du département de Philo. J’y ai d’ailleurs été convié.
Il y a deux jours, mardi, pause d’une heure entre deux cours et j’accompagne un gars et une fille de ma promo partis chercher des bouquins à Kamla Nagar, bazar du coin. On prend notre temps, il pleut un peu, on arrive complétement en retard au cours suivant mais pas de souci ; Rekha Basu, prof d’Ethics, est sympa et compréhensive. Mais on a une bonne excuse : on s’est arrêtés pour déguster un Vada Pav, hamburger végétarien à base de pomme de terre. L’échoppe était typiquement du genre “Plus dégueux que les pires Kebabs français“, mais mon pote m’a expliqué par A + B que c’était à peu près propre. En tout cas, c’était bon, pas cher (10 roupies) et j’ai pas été malade après.

En fait c'est pas un Vada Pav que j'ai mangé mais un truc qui y ressemble. Vous pensez vraiment que j'aurais pu me souvenir du nom ?
Le midi, le contact rapide avec certains indiens se continue. Je me ballade, on m’interpelle, je m’arrête, on discute, on va manger. Je déjeune avec Sidhant, rencontré la veille, et ses copines. Intéressant moment, les jeunes filles sont totalement décomplexées, parlent un anglais argotisé, même entre elles, et semblent vraiment influencée par la culture occidentale, notamment américaine. L’une d’entre-elles a la peau blanche ; elle m’explique qu’elle vient du Cachemire et que les teintes sont claires là-bas. Dans la voiture du retour, les cigarettes tournent au rythme du hard rock et de la pop outre-atlantique.
Jour après jour, j’arrive à me motiver pour lire les articles photocopiés donnés pour les cours. Le système est déjà assez libre, sans pression, et il faut pas mal de motivation encore plus pour moi qui n’ai pas à me soucier de quelconques notes ou diplôme pour bosser ! Mais quand j’arrive un peu à étudier, ça occupe quand même, donne l’impression qu’on est ici pour faire quelque chose, et au final ça aide à se sentir à sa place.
Le soir, Stéphanie a invité des amis français rencontrés dans un de ces cours. Un couple d’étudiants de Sciences-Po d’Aix, la mère de la fille, et une amie elle aussi de Sciences-Po, réalisant un stage dans l’humanitaire au Cambodge. Le récit de ces quelques dernières semaines par la mère me donne une seule envie : marcher sur ces pas et les chemins des treks de Lei, au nord de l’Inde. Projet à suivre.
Hier et aujourd’hui, premières grosses pluies. Ça coince, il faut juste attendre, où qu’on soit. Ou alors, faire ce qu’on a à faire en sachant qu’on sera trempé en environ 10 secondes. Car la pluie est assez forte, ici. Et, à certains endroits, ça créé des grosses flaques d’eau, voire des petites inondations. Visions sur-réelles et belles car hallucinantes que ces rues près de chez moi, où les hommes, rickshaws et motos continuent d’avancer, avec 10 ou 15 centimètres de flotte. Ou, quelques centaines de mètres plus tôt, les gamins de 4 ou 5 ans qui s’amusent à se tremper les uns les autres. Des moments simplement beaux. Malheureusement, tournant autour de la fac ces jours-ci, je ne prends pas ma caméra, mais tôt ou tard je vous partagerai ces moments simplement superbes. L’Inde, ses couleurs et son quotidien unique donneraient à quiconque de devenir photographe.

Aujourd’hui, pas de cours donc mais j’entame une entreprise bien courageuse : obtenir une lettre officielle d’admission. Car j’ai été reconnu par le système d’immigration (FRRO), mais ils me demandaient une lettre officielle (Bonafide) et non pas uniquement la lettre d’admission. Accompagné par la responsable de la philo, Rekha Basu, nous allons voir le directeur de Hindu College. Discussion en hindi, il ne veut rien entendre car mon statut n’est pas celui, classique, de l’étudiant qui reste 3 ans. Rekha Basu est désolée et me dit qu’elle se doutait d’une telle réaction : le directeur est pas du genre flexible d’esprit. Passage par le bureau d’inscription des étudiants étrangers. Petit coup de fil, on me redirige vers quelqu’un d’autre à Hindu College, sensé me faire ma lettre. J’y vais, toujours accompagné par R. Basu, mais l’homme, simple employé devant suivre les ordres, refuse de me faire cette lettre si le directeur n’est pas d’accord. R. Basu et l’autre professeur de philo que je croise sont vraiment désolés, m’expriment par la même qu’ils apprécient ma présence en cours qui permet un échange duquel tout le monde ressort gagnant, mais que ça sera peut-être impossible d’avoir cette lettre pour Hindu College. Elle me conseille d’aller voir en face, à St Stephens College, où, habitués aux étudiants étrangers, ils pourraient peut-être officialiser ma situation, eux. Jéy rencontre plusieurs professeurs, mais rien n’y fait : le statut de Casual Student (auditeur libre, plus ou moins) est très spéciale et rare. En tout cas, on m’explique très gentiment que l’histoire concerne Hindu College et surtout le bureau d’inscription des étudiants étrangers, qui m’a accepté et qui doit donc trouver une solution. J’y retourne donc, on me dit qu’il faut faire une demande par lettre du bonafide, qui sera alors rédigée par eux directement. Aussi dit, aussitôt fait ; rencontre d’une étudiante française en Master Philo ou d’africains en licence galère. Et la pluie, sous la quelle je finis par me motiver pour aller faire quelques photocopies de passeport & visa, de l’autre côté de la rue. Je reviens, un chauffeur de rickshaw me montre du doigt les trois gigantesques sauterelles brunes, elles aussi décomplexées, qui ont pris d’assaut ma chemise. Uppercut droit, crochet, 3 bugs à terre. I’m out.