Salut les copains.
Le moral est proportionnel au taux d’occupation de mes journées. Et je m’ennuie pas. Illustration avec ce vendredi 28 août.
Petite virée vers la fac pour 11H, à l’occasion de la Fresher’s party, fête d’inauguration du début d’année des étudiants de Philo. Une sorte d’intégration, quoi. Le quart d’heure Angevin serait franchement pâlot malgré le soleil qui tape à Delhi : on attend une bonne heure et quart avant que la populace se décide à lancer l’affaire. Petit hall, chaises installées. Les profs arrivent, me font une nouvelle démonstration de leur soutien quant à mes soucis d’officialisation de statut au sein du College. Et l’un d’entre eux m’indique que j’ai loupé deux heures de son cours de Philo de la Religion, le matin-même. Totalement involontaire. Mais il est le premier à dire “It doesn’t matter“, et deux minutes plus tard, un des étudiants qui y était me dit que le prof a une nouvelle fois évoqué ce qu’il estime comme un grand dévouement dans mon travail… essentiellement parce que, contrairement aux indiens, je prends des notes. Bref.
Petite heure de festivités. Quelques étudiants de seconde année chapeautent l’affaire. Les freshers sont invités à se présenter un par un, en évoquant si possible un petit quelque chose en lien avec le thème du jour : L’Inde et les démons. D’où les petits serre-têtes pointus. S’en suit un rituel bon enfant : tirage au sort de couples, mixtes ou non, qui doivent tenir plus d’une minute au jeu d’une petite danse. Tout le monde se ridiculise, ça détend l’atmosphère.
Album photo “Fresher’s party »
Fin de la matinée avec la dégustation gourmette de pizzas et de poulets frits du Kentucky. Le coca en perd son goût.
Je continue de me faire de nouveaux amis. Notamment Wu, étudiant de première année, originaire de Chine. Il me convie à une petite séance de basket, un peu plus tard dans l’aprèm.
Album photo “Around Ghanta Ghar »
Je rentre, et échange quelques coups de fil en vue de préparer la soirée du jour : mon ami Mesut, le turque rencontré le lendemain de mon arrivée, me confirme mon invitation à cette petite sauterie organisée au luxueux Ambassador Hotel. Pourquoi pas. L’occasion de convier David ou encore Lauriane, la française rencontrée hier. Qui invite à son tour des amis hollandais.
Retour sur le campus, pour prendre d’assaut le terrain de basket de St Stephen’s College. Celui que j’avais pris en photo, il y a 3 semaines. Mon manque de forme chronique me fait bien douiller quand ce talentueux chinois m’affronte au 1 contre 1. Je m’en sors pas trop mal mais totalement décalqué. Les quelques parties de H.O.R.S.E. que nous entamons ensuite, et les gestes improbables et comiques que nous réalisons, attirent l’attention des quelques spectateurs, et la participation de deux indiens. Sympa.
Retour rapide chez moi pour me préparer. Rickshaw, métro, retrouve Lauriane, attente de David au terminus de métro, tuk-tuk, Hôtel Ambassador. La grande classe.
Rendez-vous pris pour 21h, nous y sommes. On m’a dit qu’à Delhi les soirées se terminent tôt. J’en avais déduit qu’elle démarraient tôt, aussi. Eh bien non, nous arrivons même avant le groupe d’organisateurs/DJ qui font passer leur matériel à travers du détecteur à rayons X du palace. Plus qu’à attendre dans le club de l’établissement, subtilement intitulé Insomnia.
Intéressante histoire que cet hôtel. Prix de la nuit : à partir de 250 dollars. Et on y trouve des blancs, sac à dos de baroudeur sur l’épaule. Même un type style sexagénaire-hippie-qui-a-fait-Woodstock. Et puis, les consommations du bar : 100 roupies le verre d’eau, 200 les cocktails sans alcool, 500 alcoolisés, 3500 la bouteille de whisky. Petit rappel comparatif : l’assiette de nouilles chinoises à la cantine de mon college : 15 Rs ; le salaire mensuel du servant de mon propriétaire : 3700 Rs. Bref, des prix européens pour une clientèle européenne. Mais pas que.
La soirée bat son plein peu à peu. Vers 23h, ça commence a déjà ambiancer. On dénombre, à vu d’œil dans la pénombre, entre 50 et 100 convives.
Discussion avec Mesut, en gueulant pour couvrir les infra-basses. Il m’évoque son avis tranché et néanmoins rigolo vis-à-vis des indiens : ne faire confiance à personne. Sa compatriote confirme. Je lui rétorque que nous ne cherchons pas la même chose ici. Le public étudiant africain, asiatique, du moyen-orient ou de l’est Europe voit dans l’Inde une opportunité sérieuse de bons études à prix réduit. Nous autres européens de l’Ouest aurions pu, pour la plupart, continuer d’avoir une bonne éducation, dans des conditions de vies bien plus intéressantes. Nous sommes ici, donc, pour chercher autre chose. Et cela passe nécessairement par un contact authentique avec la population du coin. Et jusqu’à présent, pas d’ambiguïté : ça vaut le coup.
Mais Mesut ne cache pas sa position. L’Inde, pour lui, c’est le boulot. Pis, le business. Alors qu’il n’a pas encore fini son Master, il a déjà entamé sa propre affaire d’audit en commerce. Quant à sa vie para-boulot, sa tenue impec’, son sourire ravageur et surtout sa barbe de 3 jours faussement hirsute lui donnent une allure de baron de la nuit delhite.
Justement, il m’explique l’affaire de ce soir. En fait, il s’agit d’un groupe d’organisateurs allemands qui, depuis quelques années, mettent en place des soirées où quelques DJ européens sont conviés. Ça se passe principalement sur la capitale, souvent dans ce genre de lieu totalement huppé. Pas d’info officielle : tout passe de téléphone portable à téléphone portable. Et ça marche bien : une telle soirée leur est gracieusement remerciée 60 000 roupies par l’établissement qui accueille.
Album photo “Let’s groove tonight »
Dans la soirée, je me réhabitue à ces mélodies endiablées tellement de chez moi : deep house et électro minimale. Le géant à bretelle, tête du crew organisant, a les cheveux beaucoup trop courts pour être métrosexuel, mais il a un style de danse un peu étrange : il lève les genoux l’un après l’autre, au rythme des kicks, genre troisième Reich. Allemand, donc. Curieux.
En tout cas, l’affaire est sociologiquement intéressant. Pas mal d’européens donc, des français notamment, mais aussi allemands, néerlandais, italiens. Et puis des indiens, entre les businessmen aguerris de 50 ans et les jolies jeunes filles maquillées qui semblent découvrir avec curiosité ces sonorités absurdement pas instrumentales de nos contrées.
Cloche de fin vers 1h en principe, mais on est des fous alors le DJ turque, qui a pris le flambeau, continue. Jusqu’à quand, je sais pas, mais nous on se casse en taxi vers 1h30.
Précision pour tous ceux qui auront la bonne idée de venir me voir : si Delhi jour est fascinant, Delhi nuit est juste hypnotisant. Boulevards vides, garnis de rickshaw au stand by, servant de lits à leurs conducteurs que je comprends alors sans-abris. Ou ce type, quasi endormi, qui continue mécaniquement son gagne-pain : nettoyer les pares-brises des voitures au feu rouge, récupérant une fois sur dix une ou deux pièces.

Et puis, mon quartier, by night. Vide, silencieux. Les gens dorment sur leur étalage. Les chiens se tiennent chaud. Et un type qui passe par là m’aide à réveiller mon garde qui s’est enfermé dans la cour. La belle vie, quoi.