Sur mon calendrier high-tech iCal, je compte le temps et découvre que je suis là depuis 8 semaines. Étrange sensation. Habitué à ce nouveau monde, je vois ma dépaysante arrivée très loin dans le temps, et en même temps tout s’est enchaîné sans vraiment que je m’en rende compte. Il y a quelques semaines, il pouvait arriver que pendant un cours d’Esthétique, je rêvasse du prochain weekend. Maintenant, à peine imaginé, la fin de semaine arrive en un quart de seconde.
Vendredi 25 septembre
Omar, le classmate à la barbichette, après m’avoir invité au resto tibetain, m’a convié à sa fête d’annif. En fait, chez lui on fait tout à la fois : son annif et celui de ses deux frères. Économes, les indiens ? Pas forcément : Samar et Omar sont jumeaux, et le frère Zafar est né le même jour, 365 jours plus tôt.
Aller à South Delhi est toujours une petite excursion demandant courage et connaissance du terrain. C’est cette dernière qualité qui me manque ; Omar le sait et il s’arrange pour me trouver un carrosse pour atteindre sa demeure. Quelques faux plans vendredi après-midi, et il me donne finalement le numéro d’un certain Madhav, ami de fac de son frère.
Rendez-vous à St Stephens, en face de Hindu College, 21h30. Coup de fil, je le rejoins à l’intérieur de la cour, deux autres indiens sont là, un originaire du Nord-Est (c’est-à-dire typé chinois), et un autre au teint et à l’accent presque afro-américain. La voiture est luxueuse, très même. Les voitures ici, enfin celles que je connais (mes camarades de fac, mon proprio), sont propres, en bonne état, entretenues. Cette fois-ci, c’est la classe supérieure : chauffeur, et autre personne à l’avant. Et pendant le trajet, je remarque une voiture qui nous suit avec trois baracos à l’intérieur et un girophare. Une question indiscrète plus tard et j’apprends que mon hôte est bonnement le petit-fils de Manmohan Singh, actuel Premier Ministre indien. Bon.

Arrivée une heure plus tard à bonne adresse. Sur le chemin, on croise droit dans les yeux l’unicité de l’Inde : un descendant du numéro 1 du pays et ses 5 agents de sécurité côtoient l’humilité absolue des mendiants des rues et vendeurs de poubelle pour voiture aux feux rouges. Le regard est unilatéral.
Petit quartier calme, entrée avec garde armé, résidence gigantesque sur trois étages. Servants au service, bière à flot, mets et alcools, DJ privé, salles remplies de canapés, chambres transformées en smoke rooms. Je réfléchis intuitivement et demande d’office aux quelques têtes que je connais, la profession des parents d’Omar. Conseiller au gouvernement. “Mais sa mère est plus puissante encore.” Ah bon ? Oui, elle contrôle le foyer.
Qui se ressemble s’assemble : croiser un non-indien tourne neuf fois sur dix à une petite discussion. Ici, ce sont une demi-douzaine de ricains, étudiants pour un semestre à Delhi, avec le programme d’échange plutôt prestigieux de St Stephens College. L’ami de New York m’explique les petites difficultés qu’il rencontre pour ce qui est d’installer de vraies relations avec les indiens, et encore plus, avec les indiennes. Ou encore, la surprenante décision de son université de payer, pour tout programme d’échange, le même prix que le tarif aux USA, revenant à la facture de 4000 dollars par semestre et par personne pour un logement qui en vaut peut-être 300. Les proprio doivent être contents.
La nuit suit son cours ; j’échange quelques pas rythmés mais endiablés avec le petit-fils, mais rien ne m’est plus clément que le sol de la salle de bain où je m’autorise une petite sieste.
Lever quelques heures plus tard. Hangover en regardant Vantage Point sur HBO, car le CSI indien fait rire les delhites présents. Les femmes de ménages rangent le bordel de la nouvelle génération.
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Samedi 26 septembre
Repos mérité. Rahul nous a invité à un des événements de Navratri, période de festivals de 10 jours pendant lesquels est célébrée Shakti, l”"énergie dynamique féminine“. Clou du spectacle le dernier jour avec Dussehra, ou la victoire du Dieu Rama sur son oncle Râvana, l’infâme qui lui avait piqué sa meuf Sita. Là, on est le 8ème jour et la fight se prépare.
Sortie en famille. Moi et Rahul, on y va avec l’ami avocat et sa petite famille. Dont la petite Kashish qui parle un peu français et espagnol.

Arrivée à une sorte de petit parc d’attraction. Et le lawyer se marre en m’expliquant que je suis probablement le seul étranger parmi les 20 000 personnes présentes. Et Rahul me précise qu’il y a 80 endroits comme celui-là à Delhi, à cette période de l’année.

Grosse zone de snacks. Les indiens mangent, mangent, mangent encore. On goûte un peu de tout, évidemment c’est pimenté mais ça ne pose problème qu’à moi. On discute un peu, les blagues fusent, les femmes participent. Le chauffeur accompagne les enfants qui s’essaient à une petite attraction.
Les heures passent, on se décide à aller au spectacle du jour. Du soir, plutôt. Mise en scène du récit mythologique. On assiste une petite demi-heure à ce show qui dure, j’imagine, plusieurs heures.

Rahul empoigne des mains. Il connait l’organisateur de l’événement, qui nous fait passer backstage. D’ici là, salle de réception où discutent les costards cravates donateurs de l’événement, businessmen qui ont offert quelques dizaines de lakhs (100 000) roupies pour le festival. Rahul m’explique plus tard que l’idée, derrière de tels parrainages, est aussi d’aider la religion à survivre, étant donné que la jeunesse s’en écarte franchement. Quelques minutes plus tard, sous la scène, je discute avec des acteurs au maquillage et l’anglais parfaits. En me disant que j’ai pas mal de privilèges.
Il faut 20 minutes pour rentrer, quand une petite heure avait été nécessaire pour l’aller : Delhi et son trafic fluctuant. Et Rahul me met au défi : lister les 5 lieux à absolument voir en Europe, pour planifier son petit périple qu’il va faire dans quelques semaines. Il a connaissance de mon blog et me demande de faire appel à toi, oui toi, fidèle lecteur pour me filer un petit coup de main. Rahul est intéressé par tout : paysages, architecture, histoire, marchés, etc. N’hésite pas à me donner ton avis, en commentaire, ou par mail. Et puis sinon, tu peux cliquer si dessous.