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Let’s groove tonight

Nouveau cours annulé, quelques minutes devant moi pour écrire un petit billet. Posté dans la bibliothèque, mobilier ancien, toiles d’araignées, rayons de couvertures rougeâtres, genre manuel scolaire 3ème République.

Ce n’est qu’un au revoir

Après deux mois de (à peu près) loyaux services, premier adieu : notre maid a décidé de tracer sa route samedi dernier, sur ce qui ressemble à un coup de tête. En fait, le prétexte aura été une fausse incompréhension au sujet de la paie mensuelle (Stéphanie lui avait donné 1000 roupies, 700 pour le mois passé, 300 en avance pour le mois suivant, et un mois plus tard elle nie et déclare n’avoir reçu que 500 rs), mais j’imagine qu’elle avait des raisons plus pertinentes. Peut-être l’horaire de sa prestation quotidienne, que nous avions modifié plusieurs fois, et qui la faisait revenir dans le quartier en fin d’après-midi, quand l’essentiel de son travail était fini au midi. Ou alors nos absences plus ou moins chroniques, la faisant venir certains jours pour rien. Ou encore les petites remontrances de Stéphanie au sujet du nettoyage des sols ou des fringues, pas franchement convaincant.

Nous reste plus qu’à trouver une remplaçante. Tout comme pour notre propriétaire : un de ses jeunes servants a déjà quitté le foyer il y a quelques semaines, et dans quelques jours un autre suivra ce chemin. J’ai cru comprendre qu’une petite liasse de gros billets sera reversée aux parents du jeune garçon, en échange de ce service de quelques mois. J’imagine que certains parents, peut-être en particulier des ruraux, n’ayant pas les moyens de scolariser leur enfant, décident de le faire travailler en ville, lui offrant alors une occupation et un petit apprentissage, et rapportant un peu d’argent au foyer.

Photo by foxypar4

Douche froide

Même si je me trimballe toujours en short et en tongs, force est de reconnaître que la température a bien évolué depuis mon arrivée en août. Plus besoin de l’air conditionné ou des ventilateurs, et ce depuis quelques semaines. Ils ne sont pas encore remplacés par le pull, même si quelques matinées sont un peu fraîches. Le plus ennuyeux là-dedans reste que notre eau, stockée sur le toit, reste froide, à défaut de chauffer aux rayons du soleil de l’après-midi. Mais bon, mieux ne vaut pas espérer une douche chaude, encore moins quand la nuit tombe. Supportable quelques temps, puis un peu moins peu à peu : ce qui est censé me relaxer avant une courte nuit de sommeil ne fait que booster mon rythme cardiaque.

Nous en avons parlé avec le proprio, qui nous assurait il y a quelques mois que nous aurions de l’eau chaude. Il nous propose d’installer des chauffe-eau (exactement le même système qu’en France)… à nos frais. Pourparlers, et on arrive à peut-être ne payer qu’une partie, ou à une sorte de système de location, comme nous avons fait pour l’air conditionné. Mais entre-temps, Stéphanie, et ses cheveux rayonnants grâce à son jeûne de nettoyage, ont opté pour une solution bien plus économique : un petit bout de métal qui chauffe l’eau d’une bassine. Ça parait archaïque mais ça marche vraiment bien, c’est relaxant, calme, économique et écologique (on consomme moins d’eau). Et puis c’est un petit coup de pouce pour s’insérer dans la culture du pays, car ici la majorité de la population se lave encore avec bassine et pichet.

Photo by Amit Gupta

Changement de rythme

Après coup, j’ai l’impression d’avoir passé quelques semaines au quotidien très bien huilé, très équilibré, avant et après mon passage en France. Malheureusement, ça n’a pas continué ces dernières semaines. En particulier, j’ai repris mes mauvaises habitudes de couche-tard, débouchant sur des nuits de 4 ou 5 heures max avant d’enquiller sur au moins autant d’heures de cours. La sieste est maintenant systématique, et j’ai parfois du mal à la garder dans des limites raisonnables (hier après-midi : 4h30 de dodo…). J’ai tous les jours l’espoir de reprendre mon boulot (lecture, prise de note) une fois la nuit tombée, mais ces derniers temps j’ai alterné entre glande intensive, procrastination et sorties un peu plus fréquentes. Comme cette session ciné jeudi dernier : on s’est fait le This is It de my man MJ avec un groupe d’étudiants étrangers. Moment très sympa, grosse célébration dans la salle de cinoche, mais à coup d’une heure de rickshaw aller, une heure retour, ça baise la journée de 18h à 3h du mat’. Et puis, petit resto, petit bar, on change de sphère et les billets sortent. C’est agréable, vraiment, et nécessaire afin d’avoir une vie sociale satisfaisante, mais c’est juste exténuant.

On s’amuse bien en cours

Je ne peux pas nier une petite perte d’enthousiasme par ailleurs, probablement liée à l’évolution de mon appréciation des cours. J’ai noté, sur le blog, à plusieurs reprises, les limites de certains profs ou cours ; disons que je ne vois désormais quasiment plus que cela. A 6 semaines des vacances de Noël (autant dire de la fin du programme), l’organisation et le contenu des cours est un peu particulier.

Devasia a fini sa partie du cours de Philosophy of Religion. Dommage, car il s’y prenait bien, avec quelques thématiques principales détaillées par l’étude de plusieurs articles sérieux. Il utilise désormais ces 2 heures hebdomadaires pour avancer le programme plutôt conséquent de Indian Philosophy. Au final, par semaine, 5h sur la tradition Vedanta et 3h sur le Bouddhisme. Là encore, petite baisse d’intérêt de ma part : dans le premier cas, on rentre vraiment dans l’étude du texte, c’est intéressant et riche, mais la redondance du vocabulaire en transcription Pali me fait souvent un peu perdre le fil de discussions qui sont d’ailleurs assez techniques. Dans le deuxième cas, c’est bien sur mon dada mais ça devient aussi très technique, quand toute la partie introductive était très réjouissante car reprenant synthétiquement de nombreux points essentiels de la philosophie bouddhique.

Photo by Alessandro Bosseli

Prashant, dans sa partie de Philosophy of Religion, continue d’aborder des thématiques un peu arbitraires sur une, deux ou trois séances, thématiques que nous avons parfois étudiées en détail avec Devasia. Et puis, un peu de temps perdu quand il décide d’un coup de résumer les thèmes étudiés depuis le début de l’année. Comme les emplois du temps se croisent, je loupe en général un cours sur deux de Indian Philosophy (Program). Pas terrible pour vraiment approfondir le sujet, déjà qu’il ne donne pas de texte pour notre étude personnelle et que sa présentation est un peu faiblarde, anecdotique. Mais le propos n’est pas vain ; je compte me procurer un bouquin synthétique sur ces 9 traditions de la philosophie indienne et le bosser de mon côté, car je suis quand même ici pour ça, et que ça me sera utile dans le futur. Mais mine de rien, je réalisais tout à l’heure que ces quelques heures m’ont déjà apporté un petit regard, une petite idée d’ensemble sur la philosophie indienne et ses principales traditions. C’est pas négligeable.

En Ethics, nous avons continué et terminé le sujet pratique de la période : la peine capitale. Deux textes pour approfondir la réflexion, c’est mieux que rien mais ça reste un peu faible, surtout que l’amie Rekha lance l’idée d’une interro surprise un matin. Pris sur le vif, je me dis que je n’ai rien à perdre, mais remarque qu’avec si peu d’étude, pas de préparation pour le test en question et juste une heure pour y répondre, notre propos sera sûrement un peu faible. Je ne m’en suis pas trop mal sorti, au final. Depuis, on a relancé une partie théorique, sur l’utilitarisme de Bentham, Moore et Mill . Suffisamment de textes originaux : on apprend des trucs.

Photo by Ahron de Leeuw

En revanche, Sumit et son cours d’Aesthetics est devenu la vraie blague de la formation. Les textes du corpus ont pas mal de pertinence, mais le traitement qu’il en fait est inadapté à notre niveau. Chaque séance, il lit environ une page, lentement, en répétant et paraphrasant chaque phrase 4 ou 5 fois. Il nous demande parfois d’expliquer une phrase, mais il ne répond pas à notre explication. Et quand certains se réveillent du coma ambiant et s’essaient à une rare question, il ne fait rien de mieux, en tant que réponse, que répéter la phrase qu’il vient de prononcer. Il y a quelques jours, il se ramène avec un test surprise avec comme sujet 1 : “Qu’est-ce pour vous que l’esthétique ?” (on est en 3ème année de philo et on a étudié des articles qui traitent de points bien plus précis depuis 4 mois) ; le sujet 2 revenait à résumer l’article étudié sur le moment. Problème : avec son avancement prodigieux, nous avions à peine dépassé l’intro de l’article, autant dire rien de bien substantiel, même si le philosophe (Findlay) sort quelques idées intéressantes. Problème : Sumit ne veut pas qu’on consulte le texte ou nos notes pendant le test… alors qu’il ne nous avait pas prévenu du test = pas de préparation possible. Au final : un examen en temps super limité (30 minutes), sans préparation, sans document, sur un sujet vague (sujet 1) ou pas suffisamment consistant (sujet 2), et par ailleurs pas assez étudié en classe. Au final, il jette un coup d’œil sur chaque copie et clame la sentence drôlement précise : It’s good. Merci Sumit. Il n’y a pas grand chose de plus à blâmer que son manque d’expérience, car ses intentions sont bonnes, et il reste plutôt agréable. Ce sont ses heures de classes et parfois celles de Prashant qui me donnent le plus l’impression de perdre mon temps. Je pourrais, à la place, dormir, ou étudier chez moi. L’autre jour, j’ai bouclé en 1h30, 6 pages de l’article, soit une semaine et demi de cours avec lui.

Photo by roblerner

La méthodologie et le niveau de nos cours sont donc un peu aléatoires, mais je remarque par ailleurs dans mon évolution personnelle un nouvel aspect. Marqué par le Bouddhisme et d’autres pensées connexes, je suis beaucoup moins animé par les débats particuliers de la philosophie que dans le passé. Je regarde avec intérêt et curiosité la position d’untel et de l’autre sur telle querelle de théodicée, d’éthique ou d’esthétique, mais pour la plupart des sujets j’ai trouvé ma position, qui consiste d’ailleurs souvent à remettre en question la pertinence-même de se soucier, de se poser la question, l’importance de la problématique posée, voire de la thématique étudiée. Que, quelque part, quelle que soit l’évolution de la réflexion, ça ne change pas grand chose. Continuer d’étudier des sujets particuliers reste intéressant, pour comprendre l’évolution de la pensée philosophique, l’évolution des sociétés. Et j’ai encore de gros pans de la philo occidentale et orientale à étudier : ma culture philosophique est lacunaire de nombreux classiques. Mais mon intérêt, le vrai, le poignant, l’intellectuellement excité est passé sur d’autres sujets.

Le Bouddhisme, bien sûr. Ce que j’en étudie ces temps-ci devient très précis, technique… parfois barbant, mais globalement encore très parlant pour moi. Et puis, pour l’an prochain, le Master se présente vraiment bien : j’ai encore une grosse curiosité à satisfaire au sujet de cette tradition si riche. Mais à côté, je me vois me diriger, ou plutôt préciser un certain intérêt pour les relations entre religion et rationnel, en particulier sous un angle d’étude anthropologique. Et puis, toujours la pensée de René Girard qui m’impressionne par son insight, sa précision… sans que je ne me sois vraiment penché sur le sujet. Autant de pistes de recherche, au sens personnel comme professionnel du terme, pour les années à venir. Miam.

Photo by Ahron de Leeuw

Professeur Buchoul

Et puis, depuis quelques semaines, la réflexion qui avance concernant le FLE. En tout cas, l’inscription est validée, et j’attends maintenant les cours par la poste. Un ami à moi annonçait sur Facebook qu’il allait montrer un spectacle de Dieudonné à ses élèves, et il demandait conseil sur lequel choisir. En fait, à ce niveau, avec des élèves du même âge, il y aura un échange culturel vraiment intéressant, et pas mal de liberté laissée au prof. Et même à côté du confort, des particularités intéressantes du job, je me dis que ça sera vraiment une activité qui me plaira. Et puis, bien sûr, l’occasion de vivre une nouvelle expérience dans un nouveau pays.

Les Tam-Tam de l’Afrique des Caraïbes

Dimanche dernier, j’ai accompagné Anuradha à un concert de zikmu de Trinidad & Tobago, genre organisé par le gouvernement de la culture, avec présence de l’ambassadeur et de sa troupe. Plutôt intéressant de voir comment ça se passe, et puis même, la musique était bien cool.

Ça groove, à Delhi.


Album photo “Trinidad & Tobago »

One Response to “Let’s groove tonight”

  1. Betty says:

    tu n’as plus droit à des “bisous doux”…?

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