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Horizon

Nouvelle grasse mat’, centaines de nouveaux clichés, dizaines de nouvelles histoires : il est temps de commencer le récit. Ce que j’aimerais faire plus souvent, vous le savez, mais je continue d’entretenir, à mon corps défendant, un train de vie assez occupé. Et ça, c’est pas nouveau.

Commonwealth Games. Soirée d’ouverture, on assiste à quelques secondes des feux d’artifice, depuis l’arrêt de métro ouvert pour l’occasion, de Lajpat Nagar, colonie proche. C’est tous comptes faits le seul contact que j’aurai eu avec les jeux. Ni passion, ni haine pour l’événement que beaucoup auront jugé scandaleux : c’est simplement l’intérêt qui m’a manqué.

Au lieu de rester planté devant la télé pour la cérémonie d’ouverture, on a préféré visiter Jaime le franco-espagnol qui nous a concocté une bonne tortilla les familles. C’est avec lui (à droite), Rachna (à gauche) et d’autres amis, que je vais voyager en cette fin d’année. Passage à Calcutta pour visiter Nandini, vol vers Chennai, Noël à Pondicherry, une dizaine de jours au Kerala, un petit moment à Bangalore, “silicon valley de l’Inde” avant de revenir sur Delhi au début de janvier. A l’occasion, mon pote angevin Félix me fera l’honneur d’une visite. Il a récemment entamé un petit tour du monde qui se terminera par un contrat de voyage-travail en Nouvelle Zélande. Il est actuellement à Hong Kong et vous pouvez d’ores et déjà apprécier ses superbes clichés sur son blog.

Le voyage débutera par un petit passage à Patna (Bihar), pour rendre visite à la famille de Rakesh. Ci-dessus, sa modeste chambre, dans le quartier Patel Chest. Une vingtaine d’euros par mois pour quelques mètres carrés et des installations partagées avec tout l’étage… trop peu pour lui faire perdre son sourire. Jamais.

Pendant que la France, fille aînée de l’église devenue gamine gâtée, fait sa petite crise, ici à Delhi, la démocratie se construit doucement pour les Cachemiries qui continuent de compter leurs disparus autour d’un mal-entendu historique proche du sans espoir. Ces clichés sont tirés d’une conférence en faveur de l’indépendance du Cachemire, ponctuée par une intervention de Syed Ali Shah Geelani, légendaire leader du mouvement de libération (Azadi). L’évènement a fait la une des médias indiens en raison de l’interruption, tout du long de l’après-midi, de nationalistes Indiens.

Le temps d’une semaine s’est tenu au National Gandhi Museum un grand marché de produits originaires des 4 coins de l’Inde : textile, décoration, gastronomie, spectacles… Couleurs, ambiances et du shopping sans fin : les femmes ont apprécié. Et moi aussi.

Et puis, bien sûr, qui dit automne en Inde dit Diwali. Souvenez-vous. Encore une fois.

Les rues en activité…

Si l’an passé, le “Noël indien” avait eu lieu trois semaines plus tôt, jour de mon retour de France, j’ai pu cette fois-ci être présent tout du long des préparatifs. Conclusion : les indiens ne semblent pas soucieux de leur audition de manière générale, et c’est encore plus vrai à Diwali.

Mais l’événement est familial, joyeux, vécu pleinement par chacun. Je ferai même parti de la fête quand, Shrisht, le petit gamin de ma rue que j’aide en Français, m’offrira quelques cadeaux de la part de sa maman.

Rien de mieux, quelques jours plus tard, qu’un repas silencieux pour se remettre de nos émotions auditives. L’initiative vient de la part d’un petit groupe mené par Anaam, le père d’une amie de la fac, qui organise une fois par mois un déjeuner où la seule règle est de ne pas parler. Histoire d’apprécier pleinement le goût de mets naturels, préparés sans extra de sauce, d’agréments ou “de produits chimiques” comme dirait ma mère. Après la dégustation, on discute de l’expérience. Et de ce qu’il nous reste à faire pour manger mieux, au quotidien.

Ces derniers jours nous ont réservé la surprise d’une petite reprise des pluies. Fait étonnant car la saison torrentielle s’était reposée dès la fin septembre. D’ailleurs, de manière générale, l’été est franchement derrière nous, et le short-torse nu est devenu chaussette-jogging-pull. Plus besoin du ventilateur, et bientôt on sortira les radiateurs. Comme quoi, même en Inde on peut se les peler.

Rigolades et break-dance à la résidence des étudiants internationaux pour garçons, à l’occasion de la cérémonie d’accueil des petits nouveaux. Histoire de me faire remarquer que le groupe d’étrangers de l’an passé s’est bel et bien renouvelé. Je passe moins de temps avec les non-indiens, ou plutôt, avec les européens. Sud-est asiatiques, Sri Lankais, Népalais, Irakiens, Iraniens, Africains : toujours un réel plaisir de côtoyer, à portée de vélo, autant de cultures et de personnages riches, joyeux et désireux d’échanger.

Et puis, comme de coutume, un petit mot sur les études. Eh bien… tout va bien. A la suite des vacances d’octobre et la visite de Bénarès, nous avons enchainé 3 semaines de cours… à rythme relativement discontinu. Puis 2 semaines d’examens de mi-semestre (va comprendre). J’en ressors tout juste. Quelques résultats sont tombés, et c’est assez bon pour moi. A ma grande surprise, la mémoire est un outil prodigieux et je n’ai pas eu tellement de difficultés à me souvenir de plusieurs centaines de termes pali ou sanskrit. Et puis, mon relatif confort dans l’expression anglaise joue en ma faveur, compte tenu du niveau moyen de mes camarades moines et nones.

La pression est tombée au début-même de notre première épreuve. Je me disais que le manque de formalité du système indien prendrait peut-être une pause le temps des examens… mais non. Pas de feuille de brouillon, des sujets comportant des erreurs où portant sur des questions non-étudiés (m’amenant à aller insister au bureau du prof, pendant l’épreuve, que “non non ce n’est pas facile de traduire 15 lignes d’un texte inconnu en pali“), les surveillants qui dorment ou jouent à qui fera sonner son portable le plus de fois, la possibilité d’aller gruger aux toilettes sans aucune difficulté…

Et puis la politique. A l’égard des candidats en short que je côtoie pour la première fois à l’occasion de ces examens, je n’éprouve guère mieux que du mépris. L’étendue de ma bonne intention s’arrête à l’espoir, sûrement vain d’ailleurs, de provoquer en eux un brin de questionnement éthique, en les regardant fixement lorsqu’ils trichent devant les yeux de tous. Quelque chose comme : “ah oui c’est vrai, c’est pas bien de faire ça“. Avant qu’ils continuent leur besogne hautement vertueuse. SK Singh, lui, a un peu plus de valeurs que la moyenne des profs. Surveillant de notre salle, il tient tête aux connectés et impose à un indien de ma classe, un sbire cousin de monsieur le président du syndicat, de changer de place. Le mastoc, assis juste derrière, se plaint. Vive ta subtilité.

Les examens finaux, comptant pour 70% de la note de chaque matière, arrivent dans 10 jours. Le programme des trois premières matières est terminé. IN Singh, le politicien intègre (oxymore ?) va bâcler quelques leçons, en début de semaine prochaine, pour boucler un bon tiers restant de son programme. Mais sinon, c’est révision, ou plutôt, récitation des listes de termes déjà apprises par cœur. Bref : rien de bien compliqué. Au pire : ennuyeux.

Les examens qui arrivent, la fin du semestre et aussi une page qui se tourne : j’ai franchement gagné en confiance et en confort au sujet de ce diplôme. J’ai maintenant conscience que ma présence en classe, mon intérêt affiché pour les cours, ma rigueur de prise de note et de préparation des examens suffisent complétement pour valider les épreuves. Alors, mon attention commence à s’aventurer vers d’autres directions. Et je remarque avec une certaine joie que les projets sont relativement nombreux. Tour d’horizon.

L’apocalypse selon Saint Diwali.

Tout d’abord, la musique. Félix va me rapporter de France un petit clavier me permettant de commencer à composer sur mon ordinateur. J’y songeais depuis des années, et le prochain semestre me donnera surement l’occasion de vraiment m’y mettre. Même si j’ai arrêté le piano il y a bien 6 ou 7 ans, la musique continue de rythmer mon quotidien, et je crois que je suis capable de composer quelques bruits intéressants.

Ensuite, je songe à entamer la discussion, avec KTS Sarao, directeur du département, d’un petit projet de recherche sur les liens entre la pensée de René Girard et les principes fondamentaux du Bouddhisme. Dans certains départements, les meilleurs étudiants ont l’autorisation de tenir une petite recherche lors du dernier semestre du master, et de suivre 3 cours au lieu de 4. A voir, à suivre.

Ce sont aussi mes projets pour l’après-Inde qui s’éclaircissent. L’enseignement de français langue étrangère, bien sûr. L’activité me plait, me permettrait de continuer de vivre à l’étranger tout en gagnant un peu de sous-sous. Le désir d’étudier l’anthropologie, aussi. Le sujet me passionne de plus en plus, et résonne précisément avec mon expérience en Inde. Une expérience que je souhaiterais d’ailleurs conter dans le cadre d’un long récit, qui deviendra peut-être un livre : tel est mon dernier projet, le plus ambitieux et le plus excitant. Le blog me donne l’occasion de tenir au courant tout mon petit monde, mais j’ai besoin de partager plus, d’avoir une tribune me permettant de tout raconter, en largeur, en longueur, en profondeur. Pas tellement sur l’Inde, car maintenant comme dans 18 mois, je n’en saurai toujours que si peu… mais sur ce qui s’est passé pour Sam en Inde. Ça, ça me semble être dans mes cordes.

Alors, plus que jamais… la suite au prochain épisode ! ;-)

Sans oublier l’album photo “BANG!.