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Sans les yeux

Rameswaram

Petit copain des Bénarès et autres Ladakh, Rameswaram est l’un de ces rares endroits de l’Inde pour lesquels je me suis dit un beau matin : un jour, j’irai là-bas. Peut-être parce que, sur la carte, ce bout de terre tendant ses tentacules vers le Sri Lanka, semblait complétement unique : plusieurs dizaines de kilomètres d’un bras de plage entouré nord et sud par l’Océan Indien. Je m’imaginais trouvé, plus haut dans les terres, un simple, modeste, mignon petit village de pêcheurs. Des attentes, de l’excitation : ça sent le roussi pour le bouddhiste que je suis.

Photo by Rachna

Malheureusement l’ami Siddharta n’était pas né de la dernière mousson. Le “petit village de pêcheurs” n’est guère mieux qu’une petite ville indienne typique, à savoir, méga surpeuplée et relativement crade. Surtout qu’un temple y joue le rôle de lieu sacré, spécialement prisé lors de ces vacances de fin d’année. On n’abandonne pas pour autant et payons les services d’un chauffeur d’autorickshaw qui promet nous emmener jusqu’au bout des terres. Enfin presque : ne restent que quelques hectomètres à marcher. Facile. Mais les centaines s’accumulent. Et la nuit tombe. A quelques dizaines de mètres de nous, des touristes ont préféré faire appel à de grosses jeep pour joindre le bout des terres. On se tâte, on doute, je déprime : il faut laisser tomber. Des milliers de kilomètres parcourus, plus d’un an d’attente et je ne connaitrai jamais le panorama mythique de l’Inde tutoyant Ceylan.

Kanyakumari

Retour à Madurai et départ le lendemain pour Kanyakumari, localité la plus au sud de tout le sous-continent indien. Les montagnes du sud nous hypnotisent tellement que je quitte le bus sans mon appareil photo. Il me faudra quelques heures pour m’en rendre compte, et une petite journée pour m’en remettre. Les allers-retours à la station de bus locale et de la grande ville voisine n’y feront rien. Il fallait bien que ça finisse un jour : Siddharta n’est jamais loin. Il va falloir continuer sans les yeux. Sans mes yeux.

Heureusement, j’avais changé la carte SD de l’appareil juste avant Rameswaram, et heureusement, Félix a encore son Canon 550D et la gracieuse générosité de me partager quelques clichés pour le reste de mon récit. Ça mérite bien une bonne vieille, grosse visite de groupe sur son super blog photo. Et quelques bisous :

Le moral continue de descendre quand Rachna et Nandini, à l’hôtel puis dans les transports, sont victimes d’attouchements prémédités par de misérables mâles. Passage inévitable pour la moindre femme lors d’un passage en Inde, on le sait tous, mais on ne s’y fait vraiment jamais.

Kovalam

4 heures de bus plus tard et nous passons à la côte Ouest avec l’état du Kerala. Kovalam, plage paradisiaque, nous accueille et, un peu comme Calcutta plus tôt, son confort n’est pas de refus. Voilà ce que 5 euros par nuit vous offrira, à quelques enjambées du sable chaud :

Une petite semaine pour souffler, donc, et profiter des fêtes de fin d’année. La plage est bordée par une petite avenue avec magasins de fringues, restos et vendeurs de clopes ambulants. Le standard est bien plus élevé que Palolem, où j’avais fêté le réveillon 2009. La localité prend certainement au sérieux l’activité touristique, nous offrant, pour une fois, un réel confort au standard occidental. Peu d’indiens dans les parages, donc, ça va de soi, mais de toute façon il est très clair que personne n’est venu là pour ça.

Les potes de Jaime et Luis – une troupe de dizaines d’étrangers travaillant au Sud de Delhi – se sont donné rendez-vous à Kovalam pour le Nouvel An. Nous ne tardons pas à apprécier leur compagnie, avec, en apothéose, les splashs de nos bombes dans la piscine d’un hôtel aux 12 coups de minuit. Hôtel qui nous aura servi le diner du Réveillon où manquèrent desserts et autres condiments – m’étonne qu’on gueule, m’étonne qu’on parte sans payer toute l’addition, et bonne année. Chassez le naturel et il revient au galop : par ici les blancs se sont peut-être mis à demander un peu trop.

Ci-dessous, l’ami Vipin. Autochtone, l’étudiant d’art à Trivandrum avait sauté de son bus sans hésitation après avoir remarqué les nôtres, d’hésitations, quand nous cherchions le chemin pour Kovalam. Il revint nous visiter quelques jours plus tard, sourire et joie jamais manquants à l’appel. De retour à la capitale du Kerala, il nous refila le super plan d’un train pour Kochi, alternative aux 10 lourdes heures promises en bus. Voilà. La simplicité, la gentillesse, la générosité. Gratos.

Kochi

Kochi fut un temps hollandaise, un temps anglaise, désormais musée gentiment animé, résultat d’un long passé colonial. Ruines par ci, fort par là : une petite journée suffit pour faire le tour de Mattencherry, petite ile rassemblant les principaux monuments touristiques, mais on ne s’y ennuie pas. A commencer par ces filets de pêche chinois.

Totalement inattendu : nous tombons nez à nez avec un tournage de film local. Adieu Bollywood, on parle ici de Kollywood, le cinéma des états du sud. K comme Kerala, Karnataka et surtout Kodambakkam, district de Chennai où sont réalisés ces joyaux. Au passage, jetez un coup d’œil à cet extrait de Enthiran, super production tamoul qui a rapporté des recettes mondiales record dans l’histoire du ciné Indien. Les doigts dans le nez, avec un tel héros.

Mysore

Nuit de bus vers Bangalore, capitale du Karnataka, et retour un peu au plus sud-ouest pour une journée à Mysore. Bijou de l’Inde touristique, le Palace de Mysore fut la résidence des familles royales de la dynastie Wodeyar pendant plus de cinq siècles. De multiples destructions et reconstructions plus tard jusqu’à 1912 et la dernière entreprise de masse par Henri Irwin, architecte star de l’Inde Anglaise. Le bâtiment est souvent cité comme un des exemples du style Indo-Saracenic, à savoir l’alliance de l’art Moghol au style Victorien.

Bangalore

Et, enfin, Bangalore. Annoncée comme la Silicon Valley Indienne, nous n’aurons vu qu’une mégapole indienne similaire à toutes les autres : population, circulation, quartiers récents, quartiers anciens, slums. Mais aussi Lalbagh, parc botanique à la quiétude inespérée, nous offrant une dernière après-midi de calme, et, soyons fous, de romantisme, pour conclure neuf villes parcourues en vingt-cinq jours. Une ballade divertissante, il est vrai, mais je dois bien l’avouer, aussi un peu fatiguante. Il faut le reconnaitre : je suis un piètre baroudeur.

Bonus : comme promis, la vidéo du prodige Félix, autour des jongleries de l’ami Jaime (en HD ici)