
Il en faut, une bonne excuse, pour me sortir de ma grotte. Le moindre observateur lambda qualifierait sans difficulté la capitale delhite de relativement invivable, surtout pendant sa canicule, mais ma flemmardise et ma manque d’inspiration m’y ont gardé, depuis 6 mois et notre voyage d’hiver. Entre temps, l’amie Tanu de passage m’avait mis au courant de cette sixième École d’Été en Philosophie, à l’intrigante Université Manipal, pas très loin de Bangalore. Dans le milieu de la philosophie universitaire, les jeunes talents indiens parlent déjà du récent Manipal Center for Humanities and Philosophy (MCPH) comme d’un joyau à ne pas manquer. Je postule et suis sélectionné, c’est parti.
La veille de mon départ, l’italien Lorenzo et le colombien Jair, qui devaient avoir récemment déménagé pour Goa, m’indiquent qu’ils n’y seront pas avant la semaine suivante. Petit vent de panique, mais l’occasion d’essayer quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps : couchsurfing. Pour les profanes : je contact des personnes proposant de partager leur canapé pour une nuit ou deux, et si le contact est bon et la personne disponible, l’affaire est réglée. Après quelques refus, je me réjouis du message d’un certain Manjeet : il accepte de m’accueillir. Il me donne son adresse et je n’ai pas de ses nouvelles avant d’être dans le bus pour son patelin, le lendemain, à Goa. Je galère un peu à me retrouver dans son petit bourg perdu en pleine campagne goanne : rapidement je comprends qu’il ne sera pas là pour m’accueillir. Cela semble arriver parfois avec le couchsurfing : un particulier te laisse son appartement, voilà, c’est tout. Une sacré surprise, un peu de mal à l’aise puis j’apprivoise le lieu et les environs pendant une ou deux journées.

Alors que j’étais paumé dans ma campagne de Poorverim, je restais en contact avec un autre couchsurfer, Akil. L’ami étant occupé par son boulot et un déménagement imminent, je ne pu le rencontrer que pour ma dernière soirée. Un sandwich au steak ; récit de nos vies en écoutant de la musique live dans un petit bar pour retraités étrangers, résidents du petit coin de paradis indien ; et enfin un brin de folie dans l’un des bars populaires du coin, en cette saison où les touristes les plus nombreux ne sont pas, pour une fois, les étrangers mais la jeunesse indienne, notamment originaire de Bombay, la mégapole n’étant distante que d’à peine quelques heures. Nous garderons contact avec Akil ; il me laisse à l’arrêt de bus, je me débrouille et me retrouve à la gare de Margao (souviens-toi). Pour la première fois, je prends le train dans une autre classe que le fameux “sleeper” : ici le confort est plus important, il y a de l’air conditionné et moins de bruit, mais le tarif est aussi plus élevé. Autour de moi, les jeunes gens parlent tous anglais et ne m’adressent pas un regard : face à cette population que je n’ai pas l’habitude de rencontrer, je me dis que c’est comme si j’avais retrouvé la froideur de la vie européenne. Je m’imagine que tous doivent s’arrêter à Manipal, surement pour l’Ecole d’Eté. Mais même pas. Enfin si, l’un d’entre eux, que je vois lire sur son MacBook Pro un des articles envoyé plus tôt par le département. Je lance la discute avec Kaushik et nous finissons le trajet ensemble.

Premières heures de soirées à Manipal et déjà une sacrée impression. Les résidences qui nous ont été offertes sont assez clairement au dessus du niveau de ce que l’on trouve à Delhi University. Les routes sont nettes, les bâtiments récents et pimpants. Il y a des “Food Courts“, comprendre : cantine où l’on trouve, en plus des repas simples et classiques, une série de petits restaurants. Il fait encore trop sombre, en ce premier soir, pour y voir clair, mais cela ne saura tarder : Manipal ne cache pas son ambition, copier le modèle universitaire américain, et à ce petit jeu elle n’échoue pas. Son secret ? Manipal est une université privée.

Début des classes. Sundar Sarukkai, le directeur du tout récent département de Philosophie et Humanités, ne perd pas une seconde pour confirmer les rumeurs répétées par Tanu ou Meghana : il est méchamment doué et créatif dans son approche de l’activité de pensée, et il faudra quelques minutes de plus pour réaliser qu’il est en plus très terre à terre et accessible. Nous démarrons le programme, assez ambitieux : quatre séances de 1h30 par jour, entre 9h30 et 18h30. Deux pauses chai (thé indien) d’une demi-heure, et une pause déjeuner de deux heures. Les amitiés se font sans attendre mais même si de petits groupes se forment, je reste, comme beaucoup, en contact avec à peu près tout le monde. Une cinquentaine de participants, sélectionnés de préférence pour leurs études non-philosophiques : une bonne part de sociologues, politologues, etc, mais aussi un certain nombre d’anciens ingénieurs ou businessmen, qui après de prestigieuses formations et quelques années de pratique, ont lâché l’éponge. Le MCPH, et son Ecole d’Eté, sont les refuges de tous ceux-là qui ont fait l’expérience de notre époque et qui sont près à se mettre à l’ouvrage pour répondre à l’énigme publique numéro un : mais qu’est-ce qui cloche ?

Nous avons assisté à près de quarante sessions au cours des deux semaines. Celles des premiers jours se sont voulus introductives : définir le sujet (“Banality of Evil“: “La banalité du mal“, expression de Hannah Arendt suite au procès de Eichmann) avant de rentrer dans le débat avec des cas particuliers et contemporain de ce “mal”, petit à petit. Les intervenants sont tout d’abord les quatre enseignants du centre : Sundar, philosophie continentale, phénoménologie et philosophie des sciences ; Meera, philosophie indienne et philosophie environmentale ; George, anthropologie et pensée française ; et le jeune Nikhil, littérature indienne et plus particulièrement les mouvements de libération (Gandhi, Bhagat Singh, etc.). Mais l’essentiel fut couvert par des “guest speakers“, ou intervenants venant de l’extérieur. Etant un pauvre petit français perdu en Inde, je n’en connaissais aucun, mais j’ai cru comprendre que certains d’entre eux étaient assez fameux dans le pays. Les sujets couverts furent très variés : de la production sociale du mal à la question du mal en théologie, des pratiques néfastes dans la médecine ou dans l’industrie pharmaceutique au technologies de détermination des sexes et au statut des femmes en Inde, de la question du mal à travers quelques œuvres cinématographiques ou littéraires à l’approche innovante de l’éthique évolutionnaire, des relations entre le mal et la révolution ou encore du mal dans les nouvelles politiques d’urbanisation en Inde. Tous les intervenants sont clairement à la hauteur, même si certains n’affichent pas une approche proprement philosophique en restant dans leur discipline. Ce n’est pas grave : l’important est de rester précisément entre les disciplines pour dépasser les limitations de la pensée philosopho-philosophique habituelle.

A gauche, Tilak, trentenaire qui a grandi en Australie, vient de se marier à une indienne
et finit son premier roman sur son expérience d’intense réalisation.
A droite, le père orthodoxe K.M. George, formé en France et en Belgique dans les années 70,
est d’ailleurs le traducteur du Petit Prince en Malayalam,
langue régionale du Kerala d’où il est originaire.
Mes journées finissent rarement avant 23h, quand nous rentrons du diner, car les moments en commun et surtout les discussions avec les autres participants ne sont mises en pauses que pour s’offrir quelques heures de sommeil. C’est encore plus le cas lors du premier vendredi. La veille, Georges (pas le prêtre, le prof du département) avait fait une présentation assez sérieuse mais très intéressante sur Michel Foucault. Il devait enchainer ce jour-là avec une présentation de Deleuze. Il introduit le personnage, explique qu’on ne peut pas résumer sa pensée en une heure trente, et il se lance dans une lecture à 200 à l’heure de l’article qu’il a présenté, il y a quelques jours de cela, lors d’un séminaire international à Copenhague hyper-spécialisé sur le penseur français. Les dizaines de minutes défilent, je capte quelques secondes, quelques éléments ci et là mais mon cerveau n’est définitivement pas assez rapide pour ce genre de performance. Petit regard derrière moi pour estimer si mon sentiment est partagé, et j’interromps la présentation en expliquant qu’on ne peut pas suivre. Georges concède, arrête sa lecture qu”il qualifie lui-même de “stupide exercice“, mais quand je perds ma patience et ma compassion, et surtout quand les deux tiers de l’assemblée derrière moi en fait autant, Georges passe en mode défensif et la tension s’installe. Il refuse d’entamer une présentation de la pensée de Deleuze, exercice possible selon lui avec Kant, Descartes ou qui l’on veut mais pas Deleuze, ce philosophe “gigantesque“, qui a “tellement influencé le pensée moderne“. Nous ne contestons pas ses faits mais rappelons au conférencier que ce département ce veut inter-disciplinaire et ouvert, d’autant plus lors de cette École d’Été où seulement 10% des participants viennent d’une formation philosophique. Georges ne cède pas, et d’apparents problèmes d’audition font qu’il entend avec peine nos remarques, auxquels il répond bien souvent à côté de la plaque. Il raconte même que cette présentation est pour ceux qui comprennent la philosophie, que le MCPH est aussi un département de philosophie, et que “ceux qui ne sont pas capables de suivre (s)a présentation peuvent soit se taire, soit quitter les lieux“. La salle est survoltée, mais Sundar, le directeur, n’est pas là, et Nikhil, qui vient juste de rejoindre le département, et Meera, qui a déjà eu plusieurs conflits avec Georges au cours de l’année, préfèrent rester hors du débat. La tension se calme peu à peu, plus par la fin tant attendue de la session que par un contrôle de soi regagné de part et d’autre. Dans le couloir, Manoj, l’un des étudiants du Master à MCPH, connu comme étant le “disciple” de Georges, continue la discussion, et répète les arguments de son maitre à penser. Quand ses formules trébuchent et qu’il avance que “certains, comme toi, n’ont rien compris à sa présentation“, je m’efforce de tenter de lui faire remarquer qu’on frôle l’insulte et le manque de respect, mais, comme Georges, Manoj ne semble pas franchement comprendre ce qu’on lui dit. A une soirée, quelques jours plus tard, je l’entends raconter ses vues sur la philosophie moderne : “Foucault et Deleuze sont les deux penseurs les plus importants de notre époque ! Leur influence est gigantesque !!!” Dans mon coin, je me demande à quel point il est conscient que la même phrase étaient sortie, verbatim, de la bouche de Georges, il y a quelques dizaines d’heures de cela. Une sacré ironie : après un an à Delhi University où le scandale des enseignants ne résidait que dans leur manque de compétence et d’éthique de travail, me voilà confronté au scandale inverse, à savoir l’excès de connaissance et son package “arrogance” offert gratos, que l’on retrouve assez courrament dans nos universités occidentales.
Commençant à songer à ce centre pour mon avenir d’études, je m’inquiète de la présence de Georges et en discute avec les étudiants actuels du master. Mis à part Manoj, aucun ne peut vraiment venir en défense au professeur péremptoire, racontant que même si le cas ne fut jamais aussi extrême et intense que lors de cette session, il a réitéré dogmatisme, messages de découragements aux élèves et désintérêt affiché pour l’enseignement, tout de l’année durant. Entre nous, nous imaginons que Sundar attendait plus d’avis pour peut-être prendre une décision au sujet de Georges, par exemple lui attitré uniquement des activités de recherche, domaine dans lequel il excelle. Pouya, étudiant iranien, semble même être encore sous le choc de sa confrontation avec Georges au début de l’année, une mise au clair des sentiments qui n’a débouché sur guère peu de changements au cours de l’année d’étude. Si ce n’est une réorganisation des cours qui limitera le pouvoir de Georges sur certaines matières : chacun des quatre enseignements par semestre sera maintenant réparti et enseigné à tour de rôle par les quatre profs. A côté de Pouya, les étudiants du Master me rassurent et expliquent que le jeu en vaut quand même la chandelle, non sans l’aide et l’inspiration du Sundar qui, lui, ne souffre d’aucune critique.

L’un des participants de cette École d’Été fut Rahul. Il a triché un peu : il est pas vraiment un étudiant, et il travaille juste en dessous. Rahul est le professeur de français de la toute récente annexe à l’Alliance Française de Bangalore, installée l’an passé à Manipal… au rez-de-chaussée du bâtiment des “Humanités”. Il me convie à ses séances du soir, où il enseigne le niveau A1 de Français à un petit groupe d’été, qui est bien entendu ravi de voir arriver un natif leur raconter ses histoires. Je me plais à l’exercice de l’enseignement de ma langue, et c’est peut-être grâce à ma formation FLE de l’an passé que Rahul commente ma perfomance et estime que je suis assez doué pour cela. Le courant est très bon avec Rahul, son français est excellent et le personnage est très relax et agréable. Prof de français à Bangalore pendant plusieurs années après un Master en Français à Pondicherry, il a aussi enseigné l’anglais quelques temps en France, ainsi que poursuivi ses études en Allemagne et au Danemark, sur les politiques d’éducation. S’il est à Manipal, ce n’est pas tellement pour l’Alliance Française, qui ne paie pas trop et dont il a déjà fait le tour, mais plutôt pour le poste qu’il a pu y faire correspondre au Département d’Etudes Européennes. Il attend actuellement des réponses de quelques universités en Allemagne où il a postulé pour un doctorat, et où sa copine l’attend.

Après une première semaine intense, le rythme ne se perd pas lors du weekend : les locaux nous font visiter les alentours. A commencer par la plage Kaupa et son phare. A peine 30 minutes de bus pour rejoindre les lieux et une destination à la propreté inouïe pour un coin touristique indien. On se croirait presque à l’Ile d’Yeu. La séduction opère.


Le lendemain, c’est de (relative) bonne heure que nous partons pour quelques heures de route et la brousse d’Agumbe.

Un peu de nuage au point de panorama…

… mais la pluie ne nous arrête pas, bien au contraire, pour une petite trempette dans un petit étang de cascade. Le greffe prend.

Nous finissons notre semaine à la Station de Recherche des forêts pluviales d’Agumbe, un des premiers centres au monde consacrés aux serpents et plus particulièrement au Cobra Roi, ce serpent cannibale.

C’est reparti pour une semaine. Ni le niveau de réflexion, ni le rythme n’ont été perdus au change du weekend. Depuis le premier jour, je me réjouis sans arrêt de la qualité des échanges entre les étudiants. Qu’ils aient un bon curriculum académique ou au contraire aucune formation théorique en sciences sociales, humanités ou philosophie, chaque personne à un angle d’approche, un angle de vue réellement avancé et intéressant. Et, même si là encore je deviens jour après jour le participant le plus bavard, ce n’est pas par manque de répartie et d’intérêt de la part des autres étudiants, comme c’était le cas à la Catho ou à Delhi University, mais simplement par gourmandise intellectuelle. Certains sont clients d’idéologies bien démarquées : quelques féministes énervées ci et là, un ou deux communistes peut-être aussi. Ce genre d’approche systématiquement orientée de l’exercice intellectuel me laisse un peu dubitatif, mais ces participants sont en tout cas très actifs dans les débats, et puis ils ne constituent de toute manière qu’un petit groupe. La plupart, participants comme intervenants, montrent, plus qu’une connaissance intrinsèque, une certaine appréciation de l’exercice théorique, une éthique particulière, une certaine modestie dans l’entreprise intellectuelle qu’ils essaient de construire. C’est bien entendu aussi une caractéristique des enseignants du centre, et la philosophie implicite de leurs programmes d’études.
Même si cette rencontre ne servait pas premièrement à satisfaire ce genre d’agenda, il s’agissait bien sûr aussi de promouvoir l’Université de Manipal, ses brillants centres d’études de médecine et d’ingénieurie et ses infrastructures irréprochables (son centre sportif, haut de 7 étages, est bien plus impressionant que ce que j’ai pu voir aux USA !) – les officiels ne cachaient pas leur préoccupation lors de leurs nombreuses visites – et ce qui nous concerne ici : le Centre de Philosophie et des Humanités. Un Master de deux ans avec 4 enseignements par semestre, aux approches totalement innovantes, à en juger leur intitulé : “Pensée, imagination“, “Raisons et les sens“, “Vérité et connaissance“, “Language et réalité”, “Temps et narration“… Le programme couvre à la fois les traditions philosophiques européennes et indiennes, en y ajoutant des études d’œuvres et théories littéraires plus ou moins récentes. Les deux séances hebdomadaires de chaque enseignement (sans compter les tutoriels) sont basées sur la lecture et l’étude d’un ou deux articles. Une petite dissertation de deux pages est demandée par semaine et par cours ; à la mi-semestre une dissertation libre de 3 heures vient valider l’apprentissage jusqu’alors effectué dans chaque enseignement ; et en fin de semestre l’étudiant doit produire un article de 20 pages sur une problématique de son choix, pour chacun des quatre cours. Créatif mais ambitieux, ouvert mais rigoureux : la recette semble prendre et étudiants comme professeurs sont ravis de passer ses quelques dizaines de mois ensemble.

Venons en aux faits : il est bien trop difficile de ne pas songer à rejoindre un tel programme, qui, en plus de ses qualités proprement académiques, jouit de nombreux bons points : un programme de doctorat intégré (la thèse de master sert de proposition de recherche pour le doctorat) ; une préparation sérieuse des étudiants au monde de la recherche ; des infrastructures impeccables, depuis les salles de classes jusqu’au centre sportif, en passant par le campus dans son ensemble ; une petite ville à taille humaine, où tout est joignable par vélo (prêtés gratuitement par l’université…) ; la proximité de la campagne, à dix minutes de marche, et de la plage, à moins d’une heure de route ; et un prix de la vie relativement bas : les camarades du master partagaient une maison en face du lac de Manipal, à trois, pour… 7000 roupies, soit 100 euros.
Bon, pour pas vous mentir je dois ajouter que les frais d’inscription, d’environ 1000 euros pour les indiens, sont élevés à… 7000 euros pour les étrangers. Sundar m’a dit qu’il m’aiderait à trouver des systèmes de financement. Et puis, bien sûr, toujours, mon petit cœur de romantique qui bat et qui devra considérer le choix de ma belle pour déterminer notre prochaine destination.

Et Goa, sur mon retour. Lorenzo a finalement rejoint les lieux, et même aménagé dans son nouvel appartement. Pardon, sa nouvelle maison. Pour 500 euros, une bagatelle pour son camarade de business en pierres et lui-même, le luxe est prodigieux : complexe moderne, logement tout confort et entièrement meublé (jusqu’aux petites cuillères), à cinq minutes de deux plages en scooter, où les restaurants affichent sur leur carte beefsteaks et fruits de mers frais pour une ou deux centaines de roupies… Après deux ans à la capitale, lui, son compère et la copine de ce dernier ont réalisé qu’ils n’ont besoin que d’une connection Internet pour faire avancer leur business, et que du coup ils peuvent virer leur quartier général dans un coin bien plus clément que Delhi.
Delhi, l’infâme, où je reviens, malheureusement, ce dimanche 17 juillet. Dès le métro, je retrouve une vie oubliée pendant deux semaines et demi : la surpopulation, les regards persistants des campagnards à la civilité douteuse. Et la fin du trajet en bus pour compléter le tableau : le vacarme des klaxons et des discussions humaines, la cradeur des rues et des quartiers, les odeurs, l’humide et pensante chaleur de l’été delhite, et toujours, toujours, cette densité humaine insuportable qui n’est mise de côté qu’une fois que l’on est entre les quatre murs de son appartement. Les jours suivants, je refais connaissance avec mon université, mon département, ses enseignants à l’anglais begueyant et aux secrétaires grognons. Heureusement, K.T.S. Sarao reviendra d’ici quelques jours et nous ferra grâce d’un peu d’espoir dans ce monde de brut.
L’année à Delhi s’annonce rude. Dès l’année dernière, j’avais trouvé le secret pour tenir bon : rester actif. Alors, je ne manquerai pas d’occupation, entre l’avancement de mon livre et la recherche sur Girard et la philosophie Bouddhique. Mais, quoi qui soit décidé pour la suite de cette histoire, il s’agira de ma dernière année à Delhi. Bye bye, Delhi. Ou presque.
Pour plus de photos sur Goa et Manipal : l’album photo “Bol d’air”
