Vous l’aurez deviné : l’envie de dormir n’aura été que de courte durée. Une petite heure, puis réveil, rappelé par mon estomac endolori : je dois manger. Décidément, les patates à l’eau sont vraiment mes amies.
Nouvelle nuit où la patience devient le maître-mot… Dans la chambre, le ventilateur brasse l’air mais ne le refroidit pas. Le matelas ramène un peu plus de chaleur alors qu’on veut tout le contraire. Sans air conditionné, il est vraiment difficile de dormir. Et le mal de ventre, toujours présent, même quand l’appétit est rassasié.
Short night donc, 3 heures peut-être. Avant de me réveiller, je me rends compte que quand je dors, mon corps se stabilise et ne produit pas une masse de sueur aussi conséquente qu’en journée. Juste ce qu’il faut.
8h, très difficile, et je continue la valeur sure : le Ice Tea. Car les jus de fruit, je ne peux pas, comme toute boisson à base de lait. Et l’eau, c’est un peu léger pour débuter la journée.
Départ vers 9h. Métro bondé ; difficile de tenir entre le mal de ventre et la fatigue. Campus, je vais à mon college, attends la fin de classe pour voir la responsable des admissions sus-mentionnée, elle m’explique qu’elle n’a rien à voir avec cela, me redirige vers un autre responsable, qui me redirige vers le responsable du département de philosophie. Qui n’est pas là aujourd’hui. Nouveau ticket d’entrée pour demain.
J’en profite quand même pour faire plus ample visite de mon college. Intéressant, mais rien de passionnant. Enfin, je ne refuserais pas de rentrer piquer un somme, mais je dois rester sur le campus jusqu’à 14h, heure de rendez-vous avec Stéphanie, pour parler des appartements. Près de mon college, un étudiant vient me voir. On discute quelques dizaines de minutes, et il m’apprend, entre autres, qu’une année d’étude d’ingénieur revient à 1 lakh, soit 100 000 roupies, soit 15 000 euros… dans un pays où le salaire mensuel moyen se situe en dessous de 100 euros…
Je me ballade, à la recherche du petit jardin de pelouse vu quelque jours plus tôt. J’arrive à mon but, pas du tout par le chemin le plus court, mais j’en profite pour visiter l’ensemble de résidences pour le college St Edwards, avec terrain de basket, petits chemins comme dans les fac américaines… et église !
Je m’écroule sur la pelouse enfin retrouvée, mais pas pour longtemps : j’ai connu meilleur confort. Tout comme ma forme. Le mal de ventre s’intensifie et se précise : il faut juste que je mange. Problème : à ce moment là, je n’ai pas connaissance de l’existence des cantines sur le campus (elles sont bien cachées, aussi), et les petits marchands ambulants avec leur plat unique ne m’inspirent pas la plus grand confiance. Donc je jeun.
Je vais me balader, et atteints mes limites sur un trottoir, enfermé par les branches de l’arbre environnant : le mélange d’odeur (déchets, fruits pourris, déjections, tout ce qu’on veut) me provoque un gros relant. Dur dur. A ces moments là, celui qui dit apprécier l’Inde est un menteur. Quand je reste dehors plusieurs heures, dans le bruit, l’odeur, la chaleur, avec tant de monde autour de soi, j’en arrive toujours à ce sentiment.
Plus qu’une heure à patienter : j’investis le lieu de rendez-vous, près de la station de métro. Le temps de ruminer ce désappétit de ces premières rencontres « sensibles » de l’Inde. Avant de prendre un peu de distance et d’en arriver à la conclusion suivante : le but de cette expérience sera précisément de comprendre ce qui m’a amené à vouloir la vivre.

A l'entrée de la station de métro de l'université, la voie d'accès pour les fauteuils roulants sert de garage aux motos...
Stéphanie arrive enfin. Présentations succinctes pendant le trajet en rickshaw. On arrive rapidement à un quartier résidentiel, de bâtiments de 3 à 4 étages, assemblés autour de petits parcs : Hudson Lane. Très sympa. Visite de l’appart’ de l’autre étudiante chez qui elle réside, histoire de pouvoir comparer. L’appartement semble récent, peinture neuve, un peu vide mais super affaire : 100 m2, grand salon, 3 chambres, 2 salles de bain, cuisine, pour environ 22 000 roupies par mois. Soit 350 euros. Ce que je payais pour mon mignon 20 m2, rue Chateau Gontier.
Bref : il y a de quoi trouver des bonnes affaires dans le quartier. On essaie la première boutique de rent que l’on trouve, et ils prennent notre demande au sérieux. En moins de 30 minutes, on est amené à la première visite, à quelques pas de là. Les appartements se ressemblent tous un peu, mais sont souvent un peu crades et pas totalement réparés pour quelques points. Mais 3 à 4 jours de retapage avant de commencer la location ont souvent lieux.
Je ne vais pas trop rentrer dans les détails. On va voir un appartement de 2 chambres à 15 000 roupies ; un autre à 22 000. Dans ce dernier, un type occupe une chambre comme un réfugié, et on nous annonce qu’il sera là pendant les trois prochains mois. Marrant.
Entre les deux visites, discussion improvisée avec les types de l’agence sur celui qui est affiché en grand au fond de la mince boutique : leur maître spirituel, Sant Rajinder Singh Ji Maharaj. Leur foi est impressionnante, et mon intérêt pour ce genre de sujet rend la relation encore plus intéressante. Le mec en ressort même en me disant qu’il a apprécié notre intérêt et qu’il fera le mieux pour nous trouver des bonnes affaires. Ils ne sont pas sikhs, mais leur maître l’est. Et ça se sait : honnêtes, les sikhs.
Bref, on a accès à des visites d’appart en l’espace de quelques heures. Et nous n’avons fait qu’une « agence ». Nous continuerons pendant encore 3 ou 4 jours. On finira par trouver quelque chose de confortable, pour deux ou trois personnes.
Je passe devant une boutique Nokia et en profite pour acheter un téléphone. La transaction se fait en 5 minutes, je prends le téléphone le plus simple. Ecran noir & blanc, don’t care, 1250 roupies, 20 euros. Pour avoir la carte sim, en revanche, on me demande une carte d’identité… et une photo d’identité. Que je n’ai pas sur moi. Tant pis, je m’occuperai de ça plus tard.
Sur le retour, dur de tenir uniquement sur les petits gâteaux mangés timidement depuis ce matin et la seule eau bue. Mais bon, pas le choix. Deuxième fois que je me goure de sens après le changement de métro : je crois sérieusement qu’on essaie de se foutre de ma gueule.
La douche s’impose en arrivant, et j’entame cet article en attendant un gros plat de bouffe chinoise commandé au restaurant, depuis le toit. Et le termine sur mon lit, avant de faire un petit tour sur le net, et, j’espère, enfin… enfin dormir une nuit entière. J’espère que la fatigue compensera le manque de fraîcheur de la chambre !