Au cours des trois derniers jours, pas grand chose. Me couche trop tard pour aller à la fac vendredi matin ; appartement pas encore prêt pour emménager, jour férié samedi (Independance Day) et à moitié vendredi (fête de Rama Krishna). Ajoutez-y un peu de pluie par intermittence, et voilà trois jours passés à l’hôtel. Une petite sortie avec David samedi après-midi ; on s’attaque à la recherche d’une forêt qui prend une place démesurée sur la carte, à deux pas de Connaught Place, et au bout de 2 heures on abandonne.

Aujourd’hui, du nouveau. Rendez-vous proposé hier, par Stéphanie, avec le propriétaire, pour 12h. Quelques minutes plus tard, repoussé à 14h. Magan, l’ami qu’a rencontré Stéphanie, continue à jouer le rôle d’intermédiaire.
J’arrive donc à 14h, et apprends que le propriétaire sera disponible plus tard. Ca tombe bien : Stéphanie n’y est pas allé de main morte et a décidé de bouger ses affaires depuis le Pahar Ganj (quartier de Main Bazar) aujourd’hui… où les autorickshaws sont en grève. Son conducteur de rickshaw (vélo) galère un peu et les embouteillages ne les aident pas. Elle arrive enfin, vers 15h.
Entre temps, j’ai pu essayer la place arrière de la moto de Magan, pour aller faire un tour au magasin de matelas. Pas de bol : fermé. Eh oui, dimanche et lundi sont les jours un peu off en Inde. Tant pis. Retour donc, on joue aux inspecteurs des travaux finis avec Stéphanie. L’appartement est quand même drôlement classe, même si il faut parfois pointer du doigt quelques coins de murs pour que les finissions soient faites. On nous présente Dinesh, qui travaille semble-t-il pour notre propriétaire, et qui sera à notre disposition pour tout problème pendant la durée de notre location. Pratique. Bon, il parle pas un mot d’anglais, mais ça ira.
On attend, on attend. A l’Indienne. On ne sait même plus pourquoi on attend, mais c’est pas grave. Dans la pâtisserie du property dealer, on déguste des petites sucreries. Et je me rends compte que je m’y fais : si je suis pas malade et que je suis assis, je peux rester de longues heures sans rien faire… et ça va. En insistant un peu, on arrive à motiver Magan et le property dealer pour aller faire un tour du quartier des magasins de mobiliers. Petit tour du coin rapide, on hésite puis prenons notre décision : on va acheter directement. Pour l’instant : un très joli set de canapés (un de 3 tailles et deux fauteuils), deux tables basses et un bureau. Prix annoncé : vers 10 000 roupies. On laisse nos amis indiens discutailler et on obtient le tout à 8000. Environ 115 euros. Ça nous va. Livrés demain.
Cinq minutes plus tôt, petit événement. Dans cette grande rue passante, on s’arrête et discute. Petite bousculade ; un homme d’une quarantaine d’année passe derrière Stéphanie et lui empoigne avec passion son derrière. La réaction de celle-ci fait remarquer à ceux qui n’ont pas vu l’acte que quelque chose s’est passé. Un type, aucun lien avec nous, commence à s’attaquer au palpeur, par le biais d’une grosse claque. Elles se multiplient, quelques instants de geulades en hindi et coups de pieds plus tard, c’est Magan qui lance la purée à coups de paume et de décibels. Le coupable est contraint de venir s’excuser, par une sorte d’inclinaison au niveau de la taille de Stéphanie. Quelques secondes suffisantes pour remarquer la direction convergente de ses pupilles qui laisserait à croire que l’homme ne serait peut-être pas totalement maître de ses actions. L’acte initial est en soit surprenant est évidemment déplacé, mais moi, et même Stéphanie, restons surtout estomaqués par cette réaction qui a pris des ampleurs drôlement dimensionnées. Et puis, après la tempête, une demi-douzaine de personnes traînent autour, curieux de savoir ce qui a créé ce petit énervement. Ironie du sort : sur le chemin de ces magasins de mobiliers, nous parlions de ce genre de mésaventure avec Stéphanie, et elle me disait que bien qu’elle avait eu écho de telles histoires, elle pensait que ça ne lui arriverait pas, que c’est pas le genre d’un indien.
Je vous rassure : elle s’en est remise.
Retour vers notre quartier. Patience, encore, et le propriétaire arrive enfin. Nous signons le contrat, c’est parfait. (Mis à part que la manie de Stéphanie de créer une nouvelle signature à chaque fois fait douter le proprio sur son identité).
Le proprio nous invite chez lui… à deux portes de chez nous. Petit verre d’eau filtrée et de coca, en attendant la photocopie du contrat, tâche réservée à Dinesh. Pendant ce temps, on s’emmêle un peu les pinceaux entre les bambins de la famille, fièrement introduits par le père, et ceux qui y travaillent… franchement le même âge. Curiosité : c’est la femme qui est la propriétaire légale de notre appartement : elle signe le contrat. Puis, elle retourne derrière ses fourneaux, derrière un sobre mur de verre opaque. Invitation officielle au dîner de ce soir. Je décline mon refus, très désolé : si le dîner est servi à 21h, je risque de louper le dernier métro, pour rentrer à l’hôtel, avant 23h. Stéphanie, en revanche, accepte : elle a d’ores et déjà emménagé à l’appartement. Elle me dira plus tard que ce repas aura été étrange : quasiment un tête à tête avec le propriétaire ; nombreux moments de silence ; le père de ce l’homme observant la scène. Les femmes de la maison ne mangent pas à cette table. Quelque soit le possible malaise, j’aurais voulu le vivre. Mais ça sera pour une prochaine fois. Magan m’a confirmé que l’amphitryon n’a pas pu s’offusquer de mon refus.Tant mieux. Quoi qu’il en soit, la nourriture était bonne, et le proprio n’a pas hésité à donner double portion sur les conseils à la jeune femme étrangère qu’est Stéphanie. Bref, on a un propriétaire sympa.
Rien de plus ce soir. Retour tranquille ; j’aime me gourer de sens dans le métro. Tant pis, à cette heure-ci, “pas grand monde”, donc on peut s’asseoir. Et mettre à profit une toute nouvelle aptitude, made in Delhi : la patience. Arrivée à l’hôtel vers 21h30, dîner. Petite session internet, la mise à jour du blog avance bien. Et puis, un nouveau baroudeur arrive. Le regard se croise, signe qu’on peut entamer la discussion. Thomas est… français, et il vient d’arriver. Il a gentiment galèré, en venant de l’aéroport par un taxi qui a un peu essayé de l’embrouiller. Le jeune architecte parisien est là pour 4 semaines et est bien prêt à ce prendre cette petite claque indienne (NDLR : aucun lien). Modeste cadeau de bienvenue : je le convie à nous accompagner, Hugo, Benjamin et moi demain, pour le petit voyage qui vient de se confirmer. Car demain, on va voir le Taj Mahal à Agra.