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Jeudi 20 août : because i’m lovin it

Première nuit dans l’appartement. Pas d’air conditionné encore, mais le mix ventilateur + fenêtre ouverte fait l’affaire. En fait, c’est surtout que sans AC, l’air se sèche, ce qui entraîne parfois une respiration un peu difficile. Mais cette nuit, c’était suffisant, et surtout la fatigue des deux dernières nuit m’a fait embrasser Morphée sans problème, pire, l’emballer.

Je prévois de me lever à 8h pour régler les affaires de la fac, je me retrouve à 10h avec mon portable neutralisé et ramené inconsciemment sur le matelas. Surtout, le réveil se fait par le biais de la sonnette : merde, c’est vrai, on a fermé le bâtiment de l’intérieur, hier soir. Ils ont du trouver un moyen pour rentrer, car les appartements inférieurs sont déjà conquis par les ouvriers. Enfin, le propriétaire passe quand même en vitesse et nous gueule dessus, mais poliment et calmement, prétextant qu’il a essayé d’appeler Stéphanie plusieurs fois. Merde.

Petit tour dans le quartier pour trouver de quoi manger. De l’autre côté de la route, après ma cour, le petit marché comporte des sortes d’épiceries. J’y trouve un paquet de Corn Flakes. Je ne sais pas si les indiens en sont des consommateurs ou si c’est surtout pour les étrangers, en tout cas le prix est assez élevé (125 roupies). Boisson trouvée à l’entrée de notre cour : c’est quand même drôlement pratique.

Bref et frugal petit déjeuner. Stéphanie procastine alors que j’arrive à me motiver à aller au Hindu College. Rickshaw, je propose 15 roupies (fifteen), le chauffeur répète mon prix en disant 50 (fifty), je reprécise 15, et évidemment 10 minutes plus tard il me demande 50. Je lui tiens tête et obtiens gain de cause. En étrangers, il peut arriver à tout instant qu’on soit vu comme des vaches à lait : il faut savoir les prix et ne pas se laisser faire.

Au college, salle des profs franchement ouvertes aux étudiants. J’attends un peu avant qu’on me dise que la responsable de mon département reviendra vers 13h. Super, l’occasion d’essayer la cantine.

Indications (pour une fois), donc je trouve facilement. Salle bordélique, un peu crade, mais plusieurs stands, et prix défiant toute concurrence. Je prends un plat de nouilles chinoises à 15 roupies. Et il y a plein de plats indiens dans ces prix. Bref : c’est super cool de trouver un endroit proche, pas cher, avec de la bonne bouffe. De la bouffe indienne, en plus.

Je me pose à la table la plus vide ; j’ose pas encore tenter celles où les filles sont. Je me retrouve à côté de deux étudiants. Petit prétexte pour commencer la discussion : je les questionne sur les dizaines d’affiches plancadrées sur les murs de la cantine, à l’effigie de candidats à une élection de syndicats étudiants. Quelques secondes de silence, et l’étudiant me relance : « You’re new at Hindu College« ? S’en suit une petite discussion d’une trentaine de minutes, avec ce groupe d’étudiants en Master d’Administration. On cause de nourriture, de culture, des filles, des cours. Moment agréable et je m’essaie à leur plat, indien, et je risque de m’y mettre dès demain midi. Super.

Je repars vers la salle des profs, comme prévu, pour 13h. Il faut rester patient car la professeur tarde à venir, mais j’en profite pour parler à un des professeurs assistants, aussi au département de philosophie. J’apprends plein de trucs sur le fonctionnement du département et des cours.

Ma responsable arrive enfin. Femme d’une cinquantaine d’années, elle est donc responsable du département, pour cette année (à son tour). J’explique mon cas, et la lettre d’admission ne sert que d’introduction car elle ne me demande aucune pièce officielle. On parle, elle remarque mon niveau suffisant en anglais, ainsi que mon niveau d’étude déjà assez élevé. Comme je me lance dans ce Bachelor sans avoir l’ambition de le suivre conventionnellement pour 3 années, elle me propose d’emblée de sélectionner les cours que je veux dans ceux proposés. Et puis, elle me conseille même surtout ceux de troisième année, moins assistés et plus intéressants, peut-être, que ceux de première et deuxième année.

Voilà ce qui est proposé :

1ère année

2ème année

3ème année

Un beau programme. 8 cours donc, pour 5 professeurs. Peu de cours (appelés Paper) pour les deux premières années : les étudiants prennent à côté des cours interdisciplinaires, ou des langues. Le rythme est plus ou moins de 5h par jour, 5 jours par semaine, par tranche de séances de 45 minutes environ. Il y a la formation Bachelor of Arts (Program) in Philosophy, où l’étudiant prend comme « option » quelques cours de philosophie. Et puis, le programme Bachelor of Arts (Honours) in Philosophy, où l’étudiant se spécialise dans la philosophie. Encore plus en troisième année, donc.

Effectifs : une trentaine d’élèves en première année, une vingtaine en seconde, et en troisième… six. Le professeur assistant rencontré plus tôt m’explique qu’ils ont opéré un réel tri pour garder les meilleurs. Super, car ça signifie des cours agréables, avec une forte réactivité, entre des professeurs accessibles et des élèves intéressés et cultivés. Super nouvelle, d’autant qu’au cours de la discussion avec la professeure responsable, je décide de suiver son conseil de suivre essentiellement les cours de troisième année. On verra plus tard si je pourrai faire les examens et les voir reconnus, car le directeur du college, un peu réglo, doit donner son accord. Mais même si ce n’est pas reconnu, je risque tout de même de passer une super année, académiquement parlant. L’affaire commence dès demain à 8h50. Ordinateur portable autorisé. 4 ou 5 séances de cours, fin vers 13h. Ce sera, plus ou moins, le rythme de toutes mes journées de cours pendant l’année. Peut-être quelques cours, parfois, en début d’après-midi, mais pas après 15h. Et puis, pas de cours le samedi pour les étudiants de troisième année, contrairement à ceux des années précédentes. Et puis, les cours ont commencé depuis un peu plus d’un mois, mais je rattraperai le wagon, peut-être avec le coup de pouces de camarades prêts à aider.

Bref : j’ai trouvé un super lieu pour bouffer de la bouffe bonne/pas chère/saine/indienne/pas loin, mon inscription est réglée et le programme ne pourrait pas être plus personnalisé en fonction de mes attentes, et le contact est bon avec les deux professeurs rencontrés.

Retour à l’appartement. Je me pose un peu, avant de retourner voir le propriétaire chez lui, autour d’un verre d’eau. Il organise l’installation de l’air conditionné pour demain, avec un de ces contacts. Un peu cher : 5000 roupies par AC, plus 5000 de caution et 250 d’installation, mais ce seront des modèles neufs de très bonne qualité, et silencieux. Sinon, on parle du fonctionnement de la facture d’électricité, ou du gardien qui nous a demandé aujourd’hui, trois fois, de lui donner un bakchich. Le proprio nous rassure : le gardien sait par contrat que c’est le propriétaire qui le verse directement les 1000 roupies mensuels. Et puis, il comprendra de lui même notre situation et arrêtera ses demandes sous peu. Tant mieux.

Le propriétaire nous demande si on peut trouver des étudiants intéressés pour les deux premiers étages du bâtiment. Conditions : pas d’africain ou d’israélien. Racisme bête et méchant, ou prise de précaution pour le quartier et ses habitants ? Le propriétaire cherche de préférence des européens ou américains. Je propose de faire passer le mot sur le site France in India (où j’ai eu le contact de Stéphanie), mais cette dernière me dit en aparté qu’elle préférerait des étrangers à des français. On se replis alors sur le site international Craig’s List.

Mais au lieu d’aller au cyber café, et avant d’aller fouiner des meubles/chaises/etc avec Dinesh, je me paie une petite sieste. Me disant que je serai bien réveillé par quelqu’un et la sonnette, mais comme la porte de notre appartement reste ouverte pour les finissions des ouvriers, personne ne nous dérange. Et pas de nouvelle de la femme qui devait passer pour prendre mes habits et aller les laver. Tant pis. Mais du coup, je me réveille vers 19h30.

Stéphanie a bossé un peu. On décide d’aller manger au Subway (franchise américaine de sandwichs), à 15 minutes à pied de l’appartement. Sur le chemin, Stéphanie me fait découvrir Big Apple, petite épicerie avec toute sorte de produit. Super, et plus rassurant que les vendeurs de l’extérieur. Eh oui : il faut prendre son temps, et avancer par étape. Arrivée au Subway : air conditionné, pop r&b commercial, anglais parlé : sacrée américanisation. En mangeant, on réalise qu’on est en Inde à une période très intéressante. Ce pays aux traditions très riches connaît une explosion économique et culturelle. Les fast food, qui colonisent quartier après quartier, sont les témoins d’une ouverture de la génération jeune à l’occident. Une génération prête à payer entre 2 et 5 fois plus cher qu’un repas traditionnel pour bouffer au Mc Do, Subway ou KFC. On parle du cinéma, en remarquant que étrangement, Hollywood n’est pas encore trop présent en Inde. Mais quand la tradition, pour la nourriture, par exemple, est confrontée, sans résistance, aux fast food américains attirant, Hollywood a devant lui un Bollywood stakhanoviste et très moderne. Il suffit de voir les affiches de films, très proches de leur grand (ou petit ?) frère américain. Stéphanie ajoute que le film vu hier parlait d’une fille en conflit avec son beau père. L’expression des nouvelles aspirations de cette nouvelle génération franchement ambitieuse.

Retour, on s’arrête à la boutique d’alcools. Stéphanie n’est pas sûre qu’elle sera servie en tant que femme. Sa commande semble poser problème, mais on ne sait pas s’ils ne l’ont simplement pas compris. On obtient finalement les trois bières demandées. Petite ballade dans le marché du coin, encore ouvert en ce début de soirée. Beaucoup d’étalages de légumes, et d’autres petits magasins en tout genre. Il faut slalomer entre les vaches pissant et les chats à la carrure de mini léopards. En tout cas, pas le moindre étranger dans le coin : voilà enfin l’Inde que je suis venu chercher. Il va falloir se fondre dans cette vie. Et j’en manque pas d’envie.

Petits bols achetés, on se sépare car Stéphanie va voir le propriétaire dans sa boutique de gâteaux. Je rentre, et m’aperçois que notre bâtiment est fermé de l’extérieur. Passage par chez le propriétaire, où son père m’invite à prendre le thé. Petite discussion coupée de pleins de petits moments de silence. Les petits enfants arrivent et jouent sur le canapé. Deux portraits des parents de l’homme âgé surveillent le salon où je suis accueilli pour la troisième fois. Il me croit cousin avec Stéphanie, alors que quelques heures plus tard Rahul, le propriétaire, nous a dit qu’il savait que nous ne le sommes pas, sans que cela ne semble poser problème. Mais si on nous le demande, il faut continuer de dire que nous le sommes, pour le voisinage.

L’un des jeunes servants de la famille m’accompagne, ouvre la porte principale et insiste pour m’aider à porter mes bagages. Quand je brise la glace en lui demandant son nom, il me répond mais semble gêner : j’imagine que ce n’est pas dans son rôle de sympathiser.

Et puis je me pose sur le canapé, à vous conter ma journée. En me disant que, putain, on est bien, ici.

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