— Hide menu

Grilled chicken & soirée disco

Vendredi soir, 17h08 : il est l’heure de tenir au courant tous mes copains de France et de Navarre. Et les autres, aussi.

Il s’est passé pas mal de trucs marrants cette semaine… J’aurais aimé vous les conter dès mercredi, mais mon train de vie est déjà complétement fou, fou fou ici à Delhi.

Vous avez qu’à me dire comment je peux me faire pardonner. A vos commentaires.

Au fait, vous pouvez admirez la nouvelle bannière que l’ami Ben m’a fait. Merci à lui ! Et si toi aussi tu as l’âme de l’artiste, n’hésite pas à faire tourner tes œuvres.

♦♦♦♦♦♦

Dimanche 13 septembre

Les weekends ici sont plutôt calmes. A moins de planifier sur 3 jours un petit tour à quelques centaines de kilomètres de la capitale, ou une sortie dans la ville qui prend toute l’après-midi, on reste tranquillement chez soi. L’occasion de dormir un peu, de se reposer, de faire ce qu’on a pas eu le temps de faire pendant la semaine.

Ma solitude romantique a été troublée par le retour de Stéphanie, en fin de matinée. C’est quand même pas désagréable de retrouver l’alter-égo qui fera définitivement la nique à ces soirées silencieuses et endormantes.

♦♦♦♦♦♦

Lundi 14 septembre

Lundi, faux départ. A la fac en temps et en heure, mais un cours me suffira pour comprendre qu’aujourd’hui, ça sera day off. Mal aux yeux, mal à la tête, mal au ventre : la nuit a été du genre bof ; je kiffe ma sieste matinale. Pendant que les ouvriers scient l’angle de porte de Stéphanie qui coince.

♦♦♦♦♦♦

Mardi 15 septembre

La journée de cours de mardi a été écourtée à 10h par l’événement du jour dans le département Philosophie : la projection du film français Le Scaphandre et la Papillon.

J’avais proposé de voir ce joli film après que nous ayons débattu du sujet de l’euthanasie en cours d’Ethics. Rekha Basu avait accepté et même lancé l’invitation au staff et ainsi qu’aux étudiants des trois années de Philosophie. Rendez-vous dans la salle de conférence.

Son crade, sous-titrage en anglais débordant sur l’image : tant pis, ça va le faire.

Samar, le mime Marceau indien

Évidemment, ce qui est marrant dans l’histoire, c’est de voir comment les indiens apprécient le film. Les étudiants de premières années sont à juste titre qualifiés de restless par Rekha : le film leur parait un peu long et ils alternent bavardage et sortie dans le couloir. En revenant à la fin, pour s’assurer que leur nom est bien sur le carnet de présence.

Autre attitude pour les étudiants un peu plus âgés : ils prennent le film au sérieux, apprécient une histoire “non-stéréotypée” (Farha) et sont impressionnés par le jeu de Mathieu Amalric. Ce qui n’empêche pas Omar de taper une petite sieste.

Je suis les amis, petit sitting devant l’entrée du college. Samar m’apprend que, faute de lentilles correctrices, il n’a pas pu lire une seule ligne des sous-titres. Mais il a compris, en gros. Ouf.

Un type passe, short et ballon au pied : ça ne se refuse pas ; petit foot au milieu du college. Au bout de 5 minutes, j’ai l’ongle du doigt de pied en sang, mais je suis un warrior alors je continue. Jusqu’à ce que je sois à sec. 5 minutes plus tard.

Même pas le temps de se reposer : à la maison, je suis convié par Gulshan à un petit tour dans le quartier. L’occasion de tester le Roshanara garden, parc du coin. Un peu défriché, un peu dégueux mais le silence est appréciable et je m’essaie au cricket avec des inconnus. Et je me rends compte que c’est plutôt fun, en fait !

♦♦♦♦♦♦

Mercredi 16 septembre

En revenant des cours, la porte de l’appart est fermée de l’intérieure. Mes véhéments coups de poignets, aidés par un acharnement héroïque sur la sonnette n’y font rien : Stéphanie ne répond pas. Dans le doute, je m’inquiète un peu, imagine qu’elle est inconsciente, pour telle ou telle raison. De quoi aller voir le proprio, Rahul.

On me dit qu’il sieste ; je m’explique à la femme de son frère, seule anglophone de la scène. Le mot est passé, on s’inquiète, on s’active, Rahul tente éperdument de remettre en place sa mèche rebelle.

On monte, angoisse, je montre la puissance de ma main… et Stéphanie ouvre la porte. La maligne avait eu la bonne idée d’utiliser mon casque Sony MDR-7506 Professionnal (autant dire de la bombe de headphones dans tes oreilles) pour se mater pénard Valse avec Bachir.

Plus de peur que de mal. Les sœurs de Rahul, que nous voyons pour la première fois, nous suivent et éclatent de rire. Rahul, quant à lui, s’autorise à essayer notre fauteuil (c’est pour dire) : il a eu franchement peur, imaginant que quelqu’un était venu dans l’appartement pour faire tout plein de mauvaises choses.

Bref, le petit événement continue de nous rapprocher avec Rahul, qui a d’ailleurs montré un sacré réflexe paternel. Intéressant ; rassurant.

La journée n’est pas finie. Rahul nous relance sur ce dont on parle depuis des semaines : l’achat de meubles. Allez, on se motive et on fait ça today. L’occasion de découvrir sa voiture et le chauffeur qui va avec, dispo 24h/24. Dans la voiture, Rahul continue de mettre en valeur sa curiosité et son impertinence, et sort, l’air de rien, à Stéphanie qu’elle est en train de devenir grosse. Sympa, le Rahul. Et quand je lui demande ce qu’il préfère, mince ou en forme, il me répond qu’il va se concerter avec sa femme avant de me donner son dernier mot.

On enchaine les quartiers spécialisés dans le meuble. Les magasins super classes ne sont pas vraiment pour nous, bien que toujours abordables. En quelques minutes, on se retrouve près de Main Bazar (où je suis resté pendant mes deux premières semaines), pour se balader dans un petit coin de magasins de meubles bien plus sauvage. Mais pour trouver des bonnes affaires en Inde, il ne faut pas se précipiter. Les chaises, table à manger, étagères et fauteuil seront pour plus tard. Aujourd’hui, essentiellement 3 tables basses, moins de 10 euros pièce.

Retour sans trop tarder, car le patron est business man et il a d’autres Jalebi à fouetter. De mon côté, la sieste s’impose.

Et c’est pas encore fini. Ce soir, Rahul nous invite au resto. Et pas n’importe lequel : Karim’s, réputé comme étant le meilleur restaurant non-végétarien de la capitale. Trois quarts d’heure de route, dans la voiture de l’ami de notre proprio, avocat.

C’est le Rahul show : il enchaine vanne sur vanne, nous questionne sur tout et n’importe quoi, avant que l’on parle des films hollywoodiens que ce quarantenaire adore. Et puis, il s’entraine à dire “boujosava?“, pour sa proche venue au pays d’Astérix. Et nous demande si Disney Land vaut le coup.

Delhi la nuit, c’est chouette. Près du Red Fort, des grandes roues sont installées pour préparer les festivals de la semaine prochaine. On atterrit dans le quartier musulman entourant Jama Masjid, légendaire mosquée de Old Delhi, et parait-il, la plus grande d’Asie.

Photo by ~FreeBirD®~

Le quartier est populaire ; des hommes dorment sur le petit trottoir séparant les deux voies. On s’arrange pour se garer, aidé par un type à béquille qui semble s’occuper de ça, ici. Petit rue, grand bazar, genre joli et bruyant. Entre deux bâtiments, le chemin amenant au resto. On dirait 4 restos qui se débattent pour avoir le client, mais c’est le seul et même resto. Rigolo.

Photo by Saad.Akhtar

Service ultra-rapide, nos amis nous concoctent une bonne dizaine de plats : on se régale, ça c’est clair. Rahul ne profite pas du bon poulet : même si tous les hindous ne sont pas végétariens, il leur arrive de jeûner pendant une courte période.

Photo by Saad.Akhtar

On mange vite, en Inde. 15 minutes top chronos. Moi et Stéphanie, on est à la traine. Surtout que la bouffe est à volonté.

Petite ballade pour digérer, dans ce bazar totalement surpeuplé. On slalom entre les mendiants et les gamins collants. Devant un resto un peu défriché, plusieurs dizaines de types sont assis. Tout d’un coup, plusieurs d’entre eux se lèvent et se ruent à l’étage du resto : l’ami avocat a fait acte de charité en payant le diner à vingts personnes dans le besoin. Et à ce niveau là de simplicité de vie, le prix du repas est de 10 roupies par personne.

Je me demande alors si en France une telle situation aurait pu arriver. En Inde, les classes sociales se croisent, cohabitent. On oublie pas, on ne peut pas oublier que le voisin peut être dans le besoin, et la grande ferveur religieuse va dans ce sens. Sain fonctionnement.

Le coin est agréable mais une certaine tension surgit quand Stéphanie se fait palper le jambon par un gang de malfrats. Quant à moi, un gamin me vole un brin de cheveux. On ne tarde pas à retrouver la voiture. Rahul se faufile avec élégance parmi les pickpockets, sans même songer à leur faire la morale. Il s’inquiète pour Stéphanie, qui, bien sûr, finit par s’en remettre.

Sur le chemin, Stéphanie voit par la fenêtre une femme un peu masculine drôlement habillée. Rahul explique qu’il s’agit probablement d’un prostitué hermaphrodite. Ici, c’est commun. Ces raretés de la nature jouissent d’un statut assez particulier, presque mythique. Le trottoir un soir, la bénédiction du mariage le lendemain, facturé 11 000 roupies. Et pas de choix : les hermaphrodites s’invitent sans poser de question, et tout le monde craint la superstition en cas de refus.

Fin de soirée avec une petite glace offerte par la maison. On insiste pour payer ; les deux lettrés répondent qu’on pourra payer quand on les invitera en France. Et à leur faire remarquer qu’avec la différence de monnaie, c’est nous qui trinquerons, on récolte pas mieux que quelques rires. Sympas les indiens.

♦♦♦♦♦♦

Jeudi 17 septembre

La fatigue pendant les cours reste ce que j’ai le plus de mal à gérer depuis mon arrivée. C’est le cas ce jeudi matin. Mais bon, on se recharge les batteries pendant les pauses à coup de thé glacé et de blagues sur les profs. Mes camarades sont imbattables.

Rahul nous a trouvé une femme de ménage. Luxe en Europe, c’est plutôt normal ici. Pour 700 roupies par mois (10 euros), elle viendra tous les jours, nettoyer sols et vêtements. Une heure suffira, en fin d’aprèm. Je ne connais pas encore son nom mais elle est très gentille, jeune et plutôt jolie.

♦♦♦♦♦♦

Vendredi 18 septembre

Curieusement en forme, la petite matinée de cours se passe très bien. Petite, car les deux derniers cours sont annulés : aujourd’hui a lieu la grande fête pour tous les freshers du college.

Je manque les débuts, à force de philosopher dans le coin avec Samar. Mais je rejoins Anuradha dans la foulée.

Petit moment dans l’auditorium : show individuel, deux ou trois chansons du groupe de Western music. L’organisation laisse à désirer mais le public a bel et bien du répondant.

La fête se suit par une petite session musique sur l’une des pelouses de l’école. Le DJ a des lunettes de soleils et des disques gravés mixant musique dansante américaine et indienne. Le style leur est propre et complétement efficace. Round d’observation, puis tout le monde se lâche. Et les indiens, ça déconne pas : les gars font des mouvements dans tous les sens, les filles sont plus sobres mais connaissent par cœur toutes les chorégraphies et les paroles. Je découvre ce qu’il convient d’appeler la danse indienne : un tas de mouvements totalement originaux et rafraichissants. Des gars inconnus me tirent par le bras pour me convier à une danse ; je me surprends à faire l’objet de photos en fin de session. Une petite heure éprouvante sous le soleil, mais je me dis que j’ai quand même de la chance de m’amuser comme un petit fou avec ces autochtones.

Album photo “C’est la fêteuuuh »

  • LL

    Jolies photos XD

    Et train de vie qui donne envie comme d’hab’ (sauf l’épisode palpage de jambon comme tu dis) ! J’espère quand même que tu vas réussir à gérer ta fatigue, toi qui ratais rarement les cours !

    >>> Next : Que va-t-il se passer avec la femme de ménage ??

    Bisous doux