Les semaines indiennes défilent plus vite que les verres dans une soirée angevine. Depuis mon retour de Bodhgaya, quelques petits trucs marrants à raconter.
Un rock pour les mariés
Après les 26 heures de train, il me fallait un peu de repos mais Stéphanie, elle, était en pleine forme pour accepter l’invitation de Rahul : assister au mariage du petit neveu. Ou cousin, sais plus.

Je retrouve quelques heures plus tard ma caméra remplie de vidéos de maximum 4 secondes : à autant qu’ils étaient, personne n’a réussi à faire marcher l’engin proprement. Mais il y a quelques photos intéressantes, illustrant cette cérémonie qui aura coûté 700 lakhs, soit 70 millions de roupies, ou 1 million d’euros. Dans le pactole, notamment, une Mercedes.

Vendredi soir, ma volonté transcende les maux intestinaux et j’enfourche un autorickshaw pour une heure de trajet vers Saket, coin agité du Sud, pour l’anniversaire de mon pote de classe Akshay. Une trentaine de convives, les parents qui descendent pour cinq minutes, le gâteau à la crème qui finit sur les joues et les cheveux. Et, en guise de surprise, la présence du groupe Junkyard Groove, formation prisée du rock underground indien. Quelques heures plus tôt, ils bouclaient un live au Hardrock café de la capitale pour 1,5 lakh (2200 euros), un joli pactole. Et sur leur lancée, improvisent une petite session acoustique, partagée avec un Akshay aux anges et à la guitare.
Version unplugged…
… version studio.
A la demande du maitre des lieux, j’ai mis l’ensemble des vidéos de la soirée en ligne, si ça vous intéresse. (Je vous conseille l’extrait Birthday Cake si vous voulez voir l’ambiance d’une soirée de jeunots à l’indienne.)
C’est Madhav (pas le petit-fils du premier ministre, un autre) qui m’hébergera cette nuit, alors je le suis. On rejoint une autre soirée où se sont invités les Junkyard Groove. Attention au choc : quartier méga huppé, densité surnaturelle de français de la haute, et d’héritiers indiens fortunés. Difficile de se sentir à l’aise, on ne tardera pas de prendre nos cliques et nos claques, direction Saket pour une ultime escale au 24/7, l’un des seuls magasins ouvert en permanence de la capitale. Le hot dog est au mouton, et les petits gamins des rues se régalent, derrière nous, des gracieuses donations offertes par les costards cravates qui viennent de quitter les lieux.
Le réveil de samedi est calme et tardif. Mon rêve matinal est exaucé : Madhav propose d’aller petit déjeuner/déjeuner/goûter au KFC. On se rue comme des petits cochons, et je passe l’après-midi à me marrer avec le copain de la grande sœur de mon hôte, copilote de l’air de 29 ans, pas marié et qui en rigole quand ça ne l’inquiète pas trop. Entre lui et les gars du Junkyard Groove, je n’ai plus que trop le choix question pieds-à-terre à Chennai, ou Madras (selon l’époque).
Alors que je prends trois journées à traduire ma précédente prose, un ami Amritsarien de Stéphanie fait escale et nous montre ses talents de défaiseur/faiseur de turban. Bon, le chevelu est un peu timide et craint je ne sais trop quoi si des indiens en venaient à voir ça tête sur internet. D’où le mot de passe demandé pour lire la vidéo dont voici le lien. Petit indice : il s’agit de la ville où s’est échouée ma tragique et jeune existence pendant 16 ans.
Lundi soir, alors que Reverso est mon meilleur ami, la petite cour est habitée des rythmes tribaux de fanfare pour les deux mariages qui sont célébrés à la suite, dans l’ashram d’en face. On fait nos paparazzis.

Mardi, j’entame sérieusement mes recherches de cours d’Hindi pour mon diplôme FLE par correspondance. La bureaucratie universitaire ne semble pas franchement désireuse de m’aider. Plus tard, je trouve sur Internet une option apparemment très intéressante : Hindi Guru, des cours de tout niveau pour étrangers, avec possibilité de stages intensifs (30 heures en deux semaines). Assez cher (8000 rs, 120 euros), mais ce n’est pas étonnant vu que les expatriés sont la cible. J’attends un peu de voir si je trouve mieux, mais sinon je vais opter pour cette solution. Histoire de mettre la machine en marche. Et à côté des nécessités pour le diplôme, c’est l’opportunité d’enfin progresser en Hindi, et ce en une courte période de temps.
Je passe par Hindu College, où il n’y a pas cours en ces trois premiers jours de la semaine : c’est Mecca, le festival de l’école. Plus de monde que j’imaginais, l’ambiance d’une bonne petite kermesse à la Dézière et en guest star un groupe de rock pakistanais.
Divertissements cléricaux


La journée n’est pas finie ; Devasia m’a convié à une conférence de l’ami Benedict Anderson, professeur irlandais de sciences politiques, émérite en Études Asiatiques. Gratin académique de la capitale indienne, petits fours, humour distingué, le tout sur le thème : « Rooted Cosmopolitanism And Its Political Preconditions« . L’événement de l’année se déroule au Indian Habitat Center, bâtisse tentaculaire, semble-t-il cœur de la vie culturelle delhite.
On continue les virées avec le prêtre originaire de l’état du Kerala jeudi soir. Le plein de courage, on se lance dans les 2h42 du documentaire « Into great silence » (Philip Gröning, 2005), et à ma surprise je tiens bien. Ça « parle », en français sous-titré allemand et anglais, de la vie des moines cartusiens du monastère de la Grande Chartreuse. De l’ascétisme hardcore ; j’ai connu plus bruyant (surtout à Delhi) ; en tout cas ça ne manque pas d’intérêt. A apprécier entre deux confesses.
Vendredi, il fait tellement chaud à Delhi que la tonte trisanuelle s’impose.
Enfin, lundi 21, c’était le festival du département de Philosophie de Hindu College. Modeste événement pour cette filière encore jeune. Introduction avec une mini-conférence de Vijay Tankha, prof en charge du département de philo du St Stephen’s College d’en face, et accessoirement mari de Upinder Singh, fille du premier ministre indien ; autrement dit, le papa de mon camarade de swing Madhav. La journée se déroule entre grandes pauses et petits jeux : quiz, creative writing (rédaction libre et stylisée à partir d’un sujet), ad mad (création d’une pub pour un objet insolite), illogical reasoning (proposer la réflexion la plus illogique possible pour compléter un début de phrase). Bref, on s’amuse toujours, par ici.
Je pars pour Mumbai dans quelques dizaines d’heures, puis Goa pour le nouvel An. J’aurai accès à internet mais probablement pas trop le temps de publier en masse, en particulier photos et vidéos. Prochain article à mon retour donc, tout plein de bisous, bonnes fêtes et bonne santé !



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