
Les vacances hivernales mais ensoleillées, riches en rencontres et en découvertes sont déjà derrière nous. Elles ont laissé place, comme à chaque fois, au retour à la vie citadine et bien occupée de la capitale des Indes.
Comme je le précisais la semaine dernière, ce qui marque, c’est tout d’abord la différence de température : 30 degrés dans le sud, une dizaine à Delhi. On en tire vite les leçons en investissant dans deux petits radiateurs portables, qui ressemblent grossièrement à des rétroprojecteurs sur pattes. Leur utilité est réduite à quelques semaines par an. Comme l’avait prédit Rahul, le froid s’est accentué jusqu’autour du 12 janvier pour ensuite commencer à doucement s’adoucir. Les nuits sont déjà plus tolérables, et puis d’ici quelques jours, nous pourrons ranger nos beaux parallélépipèdes rectangles, avant de lancer les ventilateurs dans 5 ou 6 semaines, puis enfin l’air conditionné pour bien sept ou huit mois.
Les cours n’ont pas encore recommencé à Hindu College : janvier, mois des examens. Mes camarades se plaignent gentiment que moi, je n’ai rien à passer. Mais je ne m’ennuie pas pour autant : après quelques jours consacrés à la mise à jour du blog et au tri de mails, je me suis enfin mis à mes cours de Français Langue Étrangère. Avant de rentrer dans le sujet, j’organise un peu mon travail et j’apprends que j’aurais du recevoir, il y a des semaines de cela, un courrier comprenant les documents permettant l’inscription aux examens. Il faut rester aux aguets en Inde, car la Poste ne fait pas toujours bien son boulot… cf. un courrier de mes parents, envoyé fin octobre, que j’ai reçu la semaine dernière.
Internet permet de rectifier le coup. Je découvre que le centre d’examen le plus proche est à…Vientiane, Laos ! Je n’avais pas prévu de faire déjà un tour dans cette région, mais les examens des 3 et 4 mai 2010 vont m’en donner l’occasion. Je volerai jusqu’à Bangkok puis enchainerai avec une nuit de bus jusqu’à Vientiane. La paperasse est assez facile à obtenir : autorisation automatique de visite touristique d’un mois pour la Thaïlande ; visa à demander à la frontière (35 dollars) pour le Laos. Je prévois d’y rester un peu pour visiter les lieux. Bien entendu, tout le monde est convié !

Mardi, Stella et Peter, amis suisses rencontrés à Agonda Beach (Goa), viennent nous rendre visite. Après quelques jours au Rajasthan, ils voulaient découvrir la deuxième ville du pays, rapidement, en deux jours, avant de repartir dans le Sud. Stella s’envolera de Mumbai pour l’Europe dans une petite semaine, alors que Peter continuera ici avant de repartir vers l’Asie du Sud-Est… notamment au Laos où je le reverrai peut-être.
Le manque de pression de l’extérieur, ici en Inde, surtout dans ma situation, ne facilite pas la tâche de l’étudiant. Parfois, le temps est long, le travail non-productif, quand la sieste marque le sommet d’activité de la journée… Avec un peu de chance, Stéphanie est de sortie et l’ennui de la solitude s’installe bien au chaud, heure après heure. La nuit tombée, il est temps de sortir deux ou trois minutes pour échanger roupies contre victuaille…
Et là, arrive la bonne surprise indienne. A peine passé l’entrée de ma cour, le vendeur matinal de lait me propose une gorgée de son whisky coupé à l’eau. Quelques secondes ou mètres plus loin, les gamins de la rue me lancent des “HI !!!“ en venant me serrer un ou deux doigts avec leurs petites mains. Au magasin de Rahul, je rigole avec le patron qui, ce soir, tient la caisse, entouré par les sourires bienveillants et gratuits de la dizaine d’employés qui attendent la fermeture. Monnaie est faite sur mon billet de 1000 ; je peux acheter une bouteille de soda au mini shop près de l’entrée : le sexagénaire qui travaille dans ces deux mètres carrés a toujours le sourire, de 7h du matin à minuit, sept jours sur sept. Depuis 40 ans.

Voilà la plus grande récompense de vivre ici. Des petits moments venus de nulle part, absolument gratuits, qui transcendent tout. La plus tenace blazitude des jours sombres est effacée par cette gentillesse naturelle, quand on ne l’attend même plus. De petits événements à grande valeur émotionnelle, qui remettent les pendules à l’heure en rappelant que oui, on fait bien d’être ici.
Samedi 16 janvier aura été marqué par un nettoyage de printemps un peu en avance mais amplement mérité, à l’occasion de notre soirée Heart Warming (Réchauffons les cœurs). Une trentaine de convives, principalement européens mais aussi une Ouzbek ou encore un petite grappe d’indiens. Les flots de discussions sont ininterrompus comme la Cristaline, et se prolongent jusqu’à l’aube, quand les survivants décident de me laisser tranquille, pieuter sur le sofa.

Forcément, lever tardif… au pied du mur…

Petite journée de repos imposé.
Le soir, on fête l’anniversaire de la nièce de Rahul et de sa fille (respectivement 1 et 9 ans). Dans les locaux du nouveau magasin du patron, près d’une centaine de conviés essaie de déjouer les tours du magicien, gesticule sur les basses mal réglées du DJ un peu ringard, et se rue sur le banquet. Un ami de Rahul me précise qu’ils prévoient toujours le repas en dernier, comme ça les invités restent jusqu’à la fin…

Entre Cheshtha et sa grand mère, il y a autant d’années qu’entre mes parents et moi.
Début de semaine à nouveau en douceur. En septembre dernier, je songeais avec nostalgie à mon arrivée aux USA, un an plus tôt, avant que tout l’aventure n’ait commencé. Aujourd’hui, en janvier, c’est au détour de quelques archives de ma caméra ou de mon journal que je me reprends à m’imaginer douze mois en arrière… Tellement peu de lignes sur le calendrier, mais tant d’événements passés… Time flies, comme disait l’autre…