— Hide menu

La roue tourne

Photo by OneEighteen

En survolant le récit de mes aventures à Pushkar, je m’aperçois qu’en l’espace de quelques mois, la qualité et le contenu de ce blog ont tristement viré dans le rouge. Avant tout, sachez que j’en suis bien désolé.

Il serait presque temps des bilans : dans 8 jours, je serai en Thaïlande, avant de prendre les rails, le soir-même, pour Vientiane, capitale du Laos. Là-bas, trois examens pour obtenir le diplôme de Licence FLE, puis six semaines pour reprendre du poil de la bête et en prendre plein les yeux.

Les temps du bilan donc, mais je vais une dernière fois jouer mon joker. Juste quelques mots ici : je prendrai le temps d’une réflexion plus approfondie à mon retour de Bangkok.

Ce que je remarque d’entrée, c’est que le manque de contenu du blog au cours des quatre derniers mois a simplement suivi l’évolution de mon expérience indienne. Au premier semestre, l’activité d’étude permettait une rencontre réelle avec l’Inde et son peuple, par le biais d’une porte accessible à l’européen que je suis. Une certaine culture commune, et bien sûr le medium anglais partagé avait permis une découverte de chaque instant. Je n’ai pas eu cette chance ce semestre : le nombre de cours se réduisait semaine après semaine, tout en ne me laissant pas plus de temps libre pour découvrir d’autres visages de l’Inde, me concentrant à la maison sur mes examens FLE. L’arrivée de Gulshan aura apporté un peu d’air frais dans l’appartement mais non sans contre-coups : rapidement, j’ai ressenti un manque de moments solitaires, ce qui avait été un sacré fil rouge depuis… le début de ma vie, quand on y pense. Ce n’est pas que la solitude est la plus belle expérience de l’existence, mais elle permet de se remettre en question, de baisser les bras avant de repartir de nouveau.

Photo by OneEighteen

Peu à peu, j’ai vu mon regard sur l’Inde et les indiens s’assombrir. La chaleur qui se ramène sans prévenir — 35 à 40 degrés ces derniers jours, et les pics ne seront atteints que d’ici un ou deux mois ! — rend chaque journée et tout ce qui la compose plus difficilement supportable. Malgré l’apprentissage rudimentaire de quelques mots de hindi, la barrière de la langue est loin d’être cassée, et la patience qui caractérisait mon attitude à mon arrivée, a perdu en force.

Cependant, j’ai récemment découvert, ou plutôt formulé l’enjeu du défi. Le but de ces trois ans en Inde sera de comprendre, voire plus : accepter et peut-être partager un autre univers moral. Non seulement l’Inde propose une moralité autre, où les relations, l’attitude, la spiritualité mais aussi des valeurs comme l’honnêteté ou encore la responsabilité sont à revisiter totalement. Et en plus d’une variante éthique, l’enjeu de l’Inde est particulièrement ardu au ressortissant occidental que je suis, vu que la philosophie de ma civilisation a toujours éprouvé certaines difficultés en terme de tolérance morale. Chez nous, certaines valeurs sont absolues, non-questionnables. Ici, pas le choix : il va falloir quitter mes repères et me lancer dans un autre univers.

Voilà finalement de quoi se réjouir : il y aura suffisamment de quoi faire dans les deux ans à venir. L’expérience humaine n’a pas atteint sa limite, bien au contraire. La récompense sera à la hauteur de l’effort. Et puis, je ne peux pas vraiment espérer mieux : quand les moments sont dur, j’essaie de me souvenir des derniers mois passés en France, pour me rappeler que ma satisfaction n’était pas plus grande. Alors, les choses sont bien comme elles sont : je suis à ma place ici.

En attendant, la vie continue.

Photo by OneEighteen

Le rapport concernant les 32 heures d’apprentissage du Hindi a été terminé et envoyé à l’Université de Grenoble. Bien qu’ayant éprouvé de grosses difficultés, au début, à lancer ma réflexion, je crois être arrivé à un résultat plutôt intéressant et satisfaisant les critères de l’exercice. Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez retrouver le résultat (ici).

Ciao bye

Tout a une fin. Dernier moment (en principe) avec mes camarades de fac, au resto chinois Berco’s de Kamla Nagar, quartier commerçant longeant le campus nord. Quelques professeurs sont là : Rekha Basu, responsable du département dévouée à ses élèves, la jeune Ananya, et le fameux Sumit, fidèle à lui-même, c’est-à-dire en retard. Prashant Sir, lui aussi jeune enseignant de philo indienne et de philosophie de la religion, était occupé ce jour-là. Et puis, l’excellent Devasia n’aura pas relevé le défi de la rencontre : changer sa réputation, après trois années de tension avec ses six élèves. Le déjeuner est rythmé par l’étonnante impatience de Rekha qui en va même à demander au serveur, de “s’il-vous-plait, amener les plats“. Les discussions sont bon-enfant, et les profs ne se lassent pas de ressasser les mêmes fausses-interrogations à chacun d’entre nous, à savoir ce qu’on compte faire l’année prochaine. On dirait pourtant que d’une fois à l’autre, ils arrivent quand même à oublier.

Aux dernières nouvelles, je reverrai peut-être quelqu’uns des étudiants dans un cadre encore moins formel, après leurs examens… ce qui risque de tomber lors de mon voyage. Bref, plus tard, quoi.

Le paturage indien

Lundi dernier, j’ai enfin rencontré la française Fanny et son copain indien, fraichement arrivés à Delhi. J’avais pris contact avec cette étudiante de la licence FLE via le forum dédié. Il s’agit de sa septième venue au pays, et ça se ressent sur son hindi. Cette fois-ci, elle va conclure son master en anthropologie environnementale par quelques mois d’observations d’un village de quelques centaines d’habitants, au nord-est de l’Inde. Plus de détails probablement à son retour à la capitale, en juillet ou août prochain, après cette expérience qui s’annonce des plus passionnantes.

Photo by lapidim

Sans émotion

Si mes cours se sont terminés il y a quelques semaines déjà, la grande majorité des étudiants étrangers, pour beaucoup en master, bouclait leur programme cette dernière semaine. Première conséquence : départ immédiat pour des virées aux quatre coins de l’Inde, souvent prolongées par un petit coucou dans les pays sud-asiatiques. Seconde conséquence : dernière soirée, tous ensemble, ce jeudi, chez Lauriane et Wouter. Quelques heures de débauche pas trop incontrôlée, mais surtout un sentiment un peu étrange qui ressort de la soirée. L’impression que de ces dizaines d’individus, principalement européens, je n’aurai eu la chance de passer du temps qu’avec quelques uns. Ce qui caractérise la vie sociale d’un expatrié en Inde, c’est aussi cela : si en France, chaque individu est au coeur de plusieurs groupes sociaux, ici il n’y a qu’un grand groupe, ou chacun picore et prend ce qui l’intéresse. Ajoutez-y les quasi-impossibles sorties dans la capitale (après 22h, tout est fermé, si ce n’est les quelques bars huppés du sud ; comptez 1h30 aller-retour), et le mur culturel avec les indiens, même ceux du même âge, pour rendre ce super-groupe bien hermétique. Alors, un au revoir parfois émus, mais souvent sans trop de remords. La roue tourne.

Sur le départ

Départ dans 10 jours, donc. D’ici là, je m’efforce de revenir un peu sur mes cours, sans trop y réussir pour l’instant. Pour me garder en forme, je tiens à jour un petit document de biographies d’auteurs étudiés dans le cadre du cours d’Analyse littéraire et artistique, histoire de me constituer une petite culture littéraire pour la dissertation. Mais sinon, pas trop de stress, le quotidien est calme. Ce sont aussi les derniers jours avec Stéphanie, qui pourrait bien partir pendant le mois et demi que je vais passer au sud-est asiatique. Cela dit, seul le ticket de Gulshan est réservé, pour fin mai : elle rentre en Afrique du sud pour profiter de la coupe du monde de football. Et aux dernières nouvelles, elle sera bel et bien de retour en août, pour sa deuxième et dernière année de master.


Photo by FriskoDude

En fonction des événements, je publierai peut-être une dernière fois avant le départ. Sinon, je laisserai un ou deux mots sur le blog au cours des six semaines, avant de rentrer dans les détails à mon retour. Ca sera d’ailleurs un petit défi pour moi de raconter mon expérience sans en faire 50 pages… J’aurai aussi plus de temps et de recul pour revenir sur l’année qui s’est écoulée.

D’ici-là, si mes aventures vous manquent terriblement et que Tintin vous parait ridiculement belge à côté de moi, vous pouvez-toujours relire les récits des neuf derniers mois sur la page des archives : c’est .

Allez, la bise à tous. Je m’en vais acheter quarante litres d’eau minérale. De quoi tenir quelques jours…

Une partie des clichés utilisés dans cet article font partie du superbe album Portraits de OneEighteen.