Wouw ! Deux articles en une semaine, c’est la porte ouverte à toutes les folies.
Enfin non, pas tant que ça. Simplement, mes exams finaux arrivent dans trois jours, et une fois terminés, je décamperai directement pour Patna. A mon retour, j’aurai suffisamment à raconter des 3 semaines de ballade. Bref, quelques dernières nouvelles pour conclure 2010, au passage première année complète de ce blog.

Fête des sikh. Je n’en saurai pas plus pour ce grand rassemblement qui a perturbé le calme d’un vendredi après-midi dans notre accueillant quartier Ghanta Ghar.

Nourriture gratuite, fanfares, du sourire pour les grands et pour les petits : on est bien en Inde.

Pendant ce temps, à Kedar Building, ma ruelle, les gamins du coin et le neveu du laitier s’offrent une petite partie de cricket.


Visite de Tanu, amie bombayite de Tom. Elle aussi issue du master de philo à Pune, elle travaille actuellement dans une ONG à Goa et est venue sur la capitale pour passer un entretien qui lui offrira peut-être une bourse d’étude doctorale en Allemagne. Elle en a profité pour transformer notre appart’ en dancefloor complétement hectic, en plein lundi soir. Normal.

Et les études bouddhiques : un petit mot pour finir.
Le “I.N. Singh show” a continué jusqu’à la dernière minute. Lundi matin, il rend les copies des exams de mi-semestre, sans aucune annotation. Il reste dans la salle de classe et corrige, à la demande et à la volée, une copie après l’autre. Dire qu’il survole chaque copie serait techniquement inexact, vu qu’il y consacre, en général, moins de 10 secondes. A peine assez pour tourner chaque page. Imaginez alors le désarroi de ces dizaines de moines qui se retrouvent avec un 2 ou 3/10, alors qu’ils ont fait l’effort de tout apprendre et retranscrire dans une langue qu’ils ne maitrisent pas… pour un résultat ni lu, ni correctement corrigé.
Le lendemain et mercredi, le showman ne déçoit pas avec l’annonce des notes de présence en classe. Beaucoup obtiennent des 4 ou 5 alors qu’ils étaient présents à chaque séance, quand d’autres, absents pendant 3 mois, ont des 8. Fatigué de s’occuper de son boulot, il gueule un coup et renvoit les étudiants à la salle adjacente, où un assistant rectifie les notes de chaque étudiant, à la simple demande. “Tu veux un 8 ? Okay.”

Moines birmans à la résidence des étudiants étrangers. Les amitiés continuent de se multiplier et de s’approfondir,
avec tous les étudiants d’études bouddhiques, quel que soit leur profil ou leur pays d’origine.
La dernière semaine marquait aussi la fin du programme pour la philo. Les profs des trois autres matières s’étaient arrangés pour boucler les programmes respectifs avant les exams de mi-semestre. Ici, il s’agissait d’un bon tiers des sujets potentiellement demandés à l’exam que nous n’avions pas encore vu. Cours improvisé de deux assistants, le premier par un ad hoc sorti de sais pas où, qui parle aussi bien anglais que mes parents (voire moins bien) et qui, en guise d’explication philosophique, répète les phrases écrites sur son petit papier de brouillon. Le second par un vétéran, SK Pandey, qui nous prouvera une nouvelle fois son savoir, aussi bien théorique que pédagogique. Dommage que certains étudiants, il y a quelques mois de cela, se soient plaint de sa fâcheuse tendance de faire des cours sans prévenir personne, après quoi il a refusé de mener la moindre séance.
En guise de séance finale, sa majesté I.N. Singh (quelle désolation de voir tous les profs du département se lever de leurs chaises lors de sa visite quotidienne de quelques secondes lors des examens de mi-semestre…) nous fait patienter 3 jours en prétextant un rhume, avant de nous faire passer, en valeur de documents d’étude, deux articles chopés sur internet, dont un de… Wikipédia. No comment.
Et moi dans tout ça. A ma grande surprise, j’ai une de bonnes notes pour les examens de mi-semestre comme pour les 3 notes internes (dissertations maisons + examen de mi-semestre + présence en classe), pour 30% des notes finales. Mieux, je sors premier dans deux matières et second dans les deux autres. Je ne me plains pas, mais mon sentiment reste partagé.

Car, dans le meilleur des cas (cours d’histoire du Bouddhisme), je m’en sors bien, à mon avis, avant tout parce que mon anglais est bon en comparaison de celui des moines et nones, et parce que j’ai mémorisé avec rigueur l’ensemble des points vus en classe. Mais rien de plus : pas de lecture supplémentaire, pas de recherche, pas d’innovation intellectuelle.
Dans le pire des cas, à savoir en Buddhist Sanskrit, j’ai remarqué dans ma copie corrigée que j’avais récupéré quasiment tous les points d’une section où je ne connaissais rien, et où j’avais écrit quelques trucs au hasard. D’autres ont eu aucun point alors qu’ils avaient rédigé les bonnes réponses. De plus, au final, la combinaison de mes notes de chaque section, 63, a été ramenée à 70. Je soupçonne le prof, SK Singh, qui m’a pris sous son aile depuis le début de l’année, d’avoir bonifié mon résultat, tout simplement car il m’apprécie.
Tel est le préjudice positif que je retrouve à mon égard, peu à peu, auprès de la majorité des profs, I.N. Singh compris. Présent en classe, intéressé, attentif, posant des questions, rendant les dissertations-maison à l’heure, préparant de jolies fichiers informatisés de notes et de révision (deux profs m’en ont déjà demandé des copies) et surtout facilement reconnaissable, et hop, la vie devient plus facile. D’un côté, dans le meilleur des cas, quand le système est juste et rétribue les étudiants en fonction de leur travail, le niveau intellectuel est très basique. Et de l’autre, la performance académique n’importe plus : l’apparence, l’attitude de l’étudiant prévaut auprès de la majorité des profs.

Si ma réussite est dans l’ensemble assurée, pour ce semestre comme par extension pour ce master, il reste que la situation n’est pas idéale. Tout d’abord, la motivation en prend un coup. Les deux semaines entre examens de mi-semestre et examens finaux ont été assez ennuyeuse, compte tenu du fait qu’un effort minimum me fera réussir les épreuves. Ensuite, l’injustice reste criante et très difficile à vivre pour la majorité de la classe, des étudiants qui ne savent plus quoi écrire, comment écrire, car leurs bonnes réponses aux derniers examens n’ont pas été récompensées. A leurs yeux, je deviens un premier de la classe surdoué alors que mon savoir véritable est bien ridicule à côté du leur.
Et surtout, je reste insatisfait d’une situation où ce n’est pas ma capacité de travail ou mes inspirations académiques qui sont récompensées, mais simplement ma facilité langagière, ma curiosité et mon attitude. Je ne crache pas dans la soupe et suis bien content de lier des relations allant au delà de la normale avec ces profs, mais il me semble que la logique devrait être différente dans le cadre d’études universitaires.
Mais comme je le rappelle à qui veut l’entendre : l’essentiel est qu’on apprend pas mal de trucs et qu’on repartira de l’Inde avec un papier bien décoré indiquant le joli mot de “Diplôme“. Alors, tout va bien.
Voilà, merci encore à tous ceux qui me suivent depuis déjà 16 mois, de bonnes vacances de fin d’année à tous, Joyeux Noël et une bonne et heureuse nouvelle année. On se retrouve en 2011 !

L’album photo de ces deux dernières semaines : “Si(c)k(h) times »