
Pondicherry, escale obligatoire de chez obligatoire pour tout béret-baguette-camembert de passage au pays de Gandhi. Quelques jours et un sentiment tenace : “mouai ».

Le problème avec l’Inde, c’est que c’est l’Inde partout. Pondicherry, ancienne colonie française, n’a plus guère grande relique de son épatant héritage (sic). Certes, quelques jolies rues offrent un repos urbain rarement rencontré à travers le sous-continent. Ou encore ce simili de Promenade des Anglais : y’a pas à dire, il fait bon se balader à Pondi. Mais l’essentiel de la ville, ses activités et sa population restent bel et bien indiens.

L’avare que je suis sort un peu contrarié de notre passage à Pondi. Tout d’abord, au sujet de cette option logement de dernière minute : plus que l’hôtel à étoiles de dispo, 30 euros par nuit et par chambre. Presque rien pour un baroudeur occidental, déjà plus pour quelqu’un qui sait à quel point l’Inde peut être cheap. Alors, oui, on profite d’un certain luxe confort, de l’eau chaude et de la lessive surtaxée, mais je ne peux empêcher mes réflexes critiques, qui, eux, ne sont jamais en vacances, de penser : “on pourrait en tirer bien plus pour bien moins cher“.

Et puis c’est que ces blancs ont des attentes. Crêperie dans une petite rue charmante. Petit Café en face de l’océan. Atmosphère installée. Imaginez-notre surprise quand la “salade niçoise” à 100 et quelques roupies consiste en… une tomate coupée en rondelles. A ce tarif, c’est mon déjeuner de rue que je peux m’offrir pour 4 jours à Delhi. Ou, quelques jours plus tard, quand le serveur de ce Café salivant revient à la charge 5 ou 6 fois, incapable de connaître ce qui, de son propre menu, est réellement disponible, et encore moins compétent pour prendre notre commande.

Au jardin botanique : Nandini, Rachna et Félix.
Ceux qui m’ont côtoyé en voyage le savent : je suis un sacré radin. Ça tourne parfois à l’obsession. A Pondi, je me suis dit à un moment qu’on devait se payer ce faux luxe avant tout à cause de la présence de nos nouveaux camarades de voyage. Luis, délirant copain costaricain de Delhi et accessoirement colloc’ de Jaime, rejoint notre quatro, accompagné de sa grande sœur et de sa baroudeuse de maman. C’est un fait : les voyageurs novices ne peuvent pas se confronter directement au bas confort d’une certaine Inde touristique. Ce serait gâcher le plaisir. C’est aussi une réflexion que je commence à alimenter en vue de l’attendue visite de mes parents pour le prochain hiver. Alors, quand ma cervelle m’autorise une pause, j’essaie de relativiser, de me calmer, et de m’ouvrir, simplement, à ces nouveaux hôtes. Et la rencontre s’avoue, bien entendu, très agréable.

Noël à Pondi (merci Rachna pour l’appareil !)
Mais Pondi garde ses surprises au fond de la hotte. (Du Père Noël, ah ah.) Oui, car après ces semaines de ballades, c’est que le grand soir pointe son nez. Vendredi 24 décembre, allons donc à la messe. Minuit, les rues du quartier français s’animent d’un curieux ballet. Un balai dont tous les épis pointent vers l’église du bourg. Le lieu de culte est “à l’indienne”, autrement dit, surpeuplé. Sur le parvis, les laïques restent là, écoutent, discutent, jouent avec leur portable, au rythme de la liturgie zigzaguant entre anglais, français et tamoul. Détail marquant : la jeunesse ne manque pas à l’appel. Groupes de mecs, groupes de filles, groupes mélangés. Ça se rencontre, ça sourit, ça papote, et à mon avis, ça drague. L’église, cœur du sacrement de mariage, se modernise et fait se croiser les jeunes poulains. Qu’on entend bavarder dans la langue de Molière. Tiens donc !

Le Matrimandir, Auroville.
Qui dit Pondicherry dit aussi Auroville. Auroville, la fameuse communauté facilement qualifiable d’idéaliste : non-religieuse, non-politique, internationale. Le village est sorti de terre et a évolué à vitesse TGVesque, à la suite d’un certain Sri Aurobindo, gourou indépendantiste indien, et de la mystérieuse Mère, illuminée française venue au sud indien proposer au leader une complémentarité mystique afin d’asseoir l’affaire.

Pupillemandir (Ericka)
Perso, je n’avais jamais entendu parler d’Auroville, encore moins de cet Aurobindo ou de cette curieuse Mère. Mais cela ne concerne que moi. A Pondicherry, l’Ashram d’Aurobindo accueille un flot incessant de touristes curieux, dubitatifs ou persuadés (rayer les mentions inutiles). Entrée gratuite, bien sûr, mais la librairie n’a pas le temps de pourrir. Un peu comme la masse de produits dérivés disponibles dans l’enclave “touristique” d’Auroville. Ah oui, parce que du village peuplé d’irréductibles rêveurs, nous ne verrons rien : là encore la “découverte culturelle” est mâchée par un prêt à visiter des plus endormants : tu acceptes le tarif de l’autorickshaw, tu marches, tu passes par le musée, tu apprécies le futurisme des maquettes, tu t’amuses aux petites attractions étiquetées “développement durable”, tu marches 10 minutes pour rejoindre la boule dorée le Matrimandir, cœur du village qui abrite le plus gros cristal du monde, tu prends des photos, tu rebrousses chemin, un peu sur ta faim, en fait tu cours car une partie du deal avec le chauffeur de l’autorickshaw était que tu n’y restes que deux heures, pas une minute de plus, sinon tu paies un extra. Et tu reviens à Pondi, en ayant l’étrange impression de ne pas avoir visité, tous comptes faits, la tant attendue cité universalo-spirituelle.

Mais l’appareil photo, lui, s’y est amusé. Comme pour ce dernier cliché : le beau Luis.
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