
Le festival de la résidence des étudiantes internationales pour commencer cet article. Des articles décidément rares sur ce blog, je ne peux le nier. Sans compter les récits de mes vacances d’hiver, nous allons atteindre le sommet de deux entrées pour ce semestre de printemps. Peut-être que l’optique du livre, dont je vais commencer la rédaction cet été, m’amène à réfléchir autour d’une écriture différente, faisant du blog un format un peu moins excitant que par le passé. Mais ce blog reste quand même un plaisir, un plaisir à écrire, et, j’espère, un plaisir à lire. Et puis, d’ici cet été, il y a quand même, toujours, pas mal de nouvelles à raconter, ponctuées par quelques clichés de mes sorties dans la capitale Delhite. Histoire de casser la coutume, je vais commencer par une mise à jour au sujet de mon semestre à l’université, pour terminer sur l’avancement de mes projets pour cet été, la dernière année en Inde et la suite de mon parcours.
La dernière période a été marquée par les examens de mi-semestre. 4 épreuves pour 4 matières, deux semaines d’examens précédées d’une semaine de préparation. Finalement, quelques après-midi suffisent pour relire, organiser ses notes et les apprendre par cœur en vue d’épreuves qui ne feront, comme d’habitude, jamais vraiment appel à la moindre faculté de synthèse et de réflexion propre. Ainsi, les examens à l’indienne, enfin comme je les ai connus ici, c’est une grosse dose d’ennui pour seulement une pincée de difficulté. Autant dire qu’il faut être bien discipliné et équilibré pour ne pas faire de ces périodes de révision des supplices pendant lesquels le temps est décidément long.

Premier examen le lundi 4 avril. Tibétain. Autant comprendre, pas de mauvaise surprise de la part des excellents professeurs Negi et Kalsang. Enfin, pas de surprise surtout vu que cette dernière nous avait annoncé verbatim les questions qui nous seraient posées. Ce qui n’a pas empêché quelques malins, essentiellement indiens, de passer l’ensemble de l’épreuve à bruire le fond de la classe. Des chuchotements, certes, mais suffisamment pour que je les entende au premier rang. Une fois, deux fois, je fais quelques signes à la surveillante, notre prof de Tibétain, pour qu’elle soit plus attentive. – “Ca parle au fond.” – “Qui parle ?” – “Je ne vais pas vous dire ! C’est votre boulot !“. Pas ou peu de réactions, alors je ne réfléchis pas et commencer à hausser la voix, lui rappelant que c’est son travail, et que si le département est connu pour ses pratiques immorales et son manque de rigueur, nous avons dans ce contexte une opportunité facile d’améliorer un peu la situation. Elle réagit et résiste, prétextant que ses collègues ont quitté la salle (en effet), et qu’elle n’est pas une “machine”. Quelques jours plus tôt, nous échangions avec elle, en compagnie de Stalin, nos perceptions de la vie Européenne et de la vie Indienne, et elle nous avait confié que pour une amie à elle, résidant en Allemagne, les européens sont des “machines” silencieuses, rationnelles, ne faisant pas de vague, respectant les règles. Ici, d’après moi, elle utilise cet exemple comme une excuse pour justifier son manque d’ambition et de courage (de confronter les étudiants) dans ce simple travail de surveillance.
Je retourne à ma copie et finis l’épreuve. Chai (thé au lait) obligatoire avec Stalin. Il me raconte qu’à la fin de l’épreuve, la surveillante lui a commenté que “c’est comme ça que ça se passe ici” et que “je devrais quand même savoir ça après un an et demi en Inde“. Un double message, donc : devant moi, elle prétextait une incapacité technique d’agir pour toutes les tricheries, et derrière mon dos, elle concède que la tricherie est fait commun ici et qu’on ne peut rien y faire. Stalin, lui, continue de me féliciter pour mon intervention. Puis il m’annonce que deux camarades de classe sont extrêmement énervés et comptent me confronter sur la question. Surprise : ma réaction ne visait à sensibiliser uniquement la surveillante, et non pas à trahir quelques étudiants bavards. J’ai compris que la tricherie est un phénomène systémique, que l’institution ne peut rien faire… mais qu’elle peut au moins témoigner d’une position forte, simple, radicale à son sujet.

A ma gauche, Sam, le colon “premier de la classe”, critique insatiable ascendant moqueur des us et coutumes locaux. A ma droite, Mayuri, jeune femme originaire de l’état d’Assam refoulée (elle nie que cet état est au “Nord-Est“, une origine dont beaucoup de jeunes femmes paient le prix car on les imagine “filles faciles”…), intérêt nul pour les Études Bouddhistes mais important pour la carte étudiant qu’ils offrent, suivie par Lucky, descendant d’une des rares castes de Bouddhistes et titulaire d’un Master en sociologie tout en étant moins anglophone que mes parents. Quelques secondes de silence, round d’observation, Mayuri sert les mâchoires, montre les crocs, et débute la joute. “Pourquoi t’as dit qu’on a triché ?“. Hors sujet. Bien sûr. Après deux minutes, Lucky, garçon plutôt simple et absolument pas rancunier, abandonne la bataille. Mais Mayuri est plus féroce.
Difficile de ne pas se délecter d’une telle dispute avec un individu pris la main dans le sac. Sauf que j’avais oublié deux choses : d’une, je me fous que certains trichent : je cherchais simplement a réveiller le sens de responsabilité de la surveillante, et de deux, mentir et continuer dans le mensonge ne fait pas peur à un certain nombre d’indiens. C’est qu’après 30 ou 45 minutes de débats, Mayuri ne concède n’avoir posé qu’une question à Stalin, qu’elle explique “n’être pas de la tricherie“, et pour le reste, elle nie en bloc. C’est la fatigue plus que l’accord mutuel qui termine le débat. Et Stalin, lorsque nous rejoignons Nandini et Rachna plus loin, de me conseiller de lâcher l’affaire. “Pourquoi ? J’ai raison !!!” Oui, bien sûr. Mais Stalin sait que certains, ici, sont près à tout pour ne pas perdre la face. Ou se venger. Et il voit ça venir avec Mayuri. Sous diverses formes. Un autre mensonge au département, faisant de moi le tricheur. Une plainte à la police pour harcèlement. L’appel à un gros bras pour me calmer à coup de claques. Stalin sait que certains indiens peuvent être créatifs. Il est aussi, peut-être, un peu parano, mais il reste le seul ami indien en qui j’ai totale confiance et qui me “traduit” le sens de chaque situation. Alors que nous retournons vers l’université, Mayuri annonce à Stalin, au téléphone, que si je continue, elle va “me détruire“. La formule, en hindi, fait rigoler Nandini et Rachna : c’est du phrasé ridicule, style soupe Bollywoodienne, tout craché. Mais Stalin rit moins : il se contente de se méfier.

Nandini, Mehrnoosh, Tanveer et Rachna
Je retiens la leçon : maintenant c’est motus et bouche cousue. Et puis, l’événement m’avait aussi mis dans les mauvais cahiers de certains profs. C’est jamais bon à prendre. Seconde épreuve : Éthique Bouddhique. Réponses aux questions courtes sans souci : étudiées en cours. Réponses longues à choix, mais seulement une des quatre options n’a été étudiée. “Sarao devait revenir du Cambodge plus tôt !“. Bric et broc, on reformule les questions et ça passera. Après l’examen, S.K. Pandey me confie qu’il ne gardera surement que la meilleure réponse des deux. Rien n’est bien formel par ici.
A la suite de l’épreuve, Mayuri tente la provoc’ : “Ah, j’ai bien triché ! Livre ouvert sur ma table, discussion à droite, à gauche…” Je ne réponds pas. Certes, le niveau des exams n’est pas suffisant pour me pomper toute mon énergie, mais j’ai tout intérêt à la garder pour autre chose. Stalin, quant à lui, raconte l’anecdote du jour : “Il y a eu des tricheries dans ta salle ? Dans la mienne, à un moment un moine viet’ s’est fait choper : toutes ces gruges sont tombées de sous son chapeau ! Un torrent de papier, je te dis !“.
Troisième épreuve : Bouddhisme Socialement Engagé. Des sujets vagues couverts avec toujours aussi peu de passion et d’esprit critique par Anita Sharma. Mais suffisamment pour gratter une dizaine de rectos. Un moine sud-viet se fait prendre en train de consulter son gros téléphone affichant ses notes de cours. Sanction exemplaire du surveillant : “C’est très honteux de la part d’un moine !!!“. Il récupère l’appareil et, pendant 15 ou 20 minutes, ne manque d’occupation en scrutant avec ses collègues les fonctions de ce bijou de technologie qu’ils ne semblent pas connaitre. Pendant ce temps, ça continue de parler au fond.
K.T.S. Sarao est le directeur du département de Buddhist Studies. Parti en échange au Cambodge pour 6 mois, il est revenu deux jours plus tôt . Il fait son entrée en classe. “Veuillez-m’écouter quelques secondes. Il semble que certains élèves ne suivent pas les règles autorisées par l’université lors des examens . . . Je vais être clair : si vous êtes pris en train de tricher, JE VOUS DÉTRUIRAI IMPITOYABLEMENT ! Je suis comme Mara, le Dieu de la destruction !” Et il se tourne vers S.K. Pandey : “IMPITOYABLEMENT !“. Ceux qui ont compris la référence, profs ou étudiants, sourient. Le reste fait comme si la leçon était comprise.
15, 20… allé, peut-être 25 minutes et une nonne sort pour aller aux toilettes. On regarde ça montre, 60 secondes, et hop ! Nouvelle dispute dans le couloir. La surveillante revient en classe et déchire les gruges devant tout le monde, comme si cette sanction était annoncée et systématique, signe de la grandeur de rigueur morale de l’institution. Je finis l’épreuve et retrouve Stalin pour rire jaune des événements. Car, apparemment, c’est tout ce qu’on peut faire.

Visite du Pahar Ganj, quartier qui m’avait accueilli à mon arrivée en août 2009,
mené par Iqbal, ancien gamin des rues.
Deuxième semaine et beaucoup de temps pour préparer l’examen de Philologie comparative des langages Prakrits. Saviez-vous que Aggi, nom masculin, se décline à l’ablatif singulier Aggio, mais aussi Aggiu, Aggino et Aggihimto ? En tout cas, moi j’avais intérêt à le savoir, car sur les trois questions posée à l’exam, c’était la seule qu’on avait étudié en classe. Comme d’hab, S.K. Singh est de mon côté, mais il ne peut faire grand chose. “Vous pouvez pas changer les questions ?”. Négatif. Quelques minutes d’examens et je gesticule déjà. S.K. Singh tente de me calmer. Derrière, S.K. Pandey et Balmiki essaient de se la ramener dans le style : “t’inquiètes, S.K. Singh, le français il gueule tout le temps de toute façon…“. J’écris comme je le peux, force la main au savoir et réponds de travers aux questions afin de recouper avec ce que j’ai préparé pour l’exam.
Rencontre avec S.K. Singh après l’exam. Je gueule un peu, bien sûr. Pour une fois, il ne se cache pas trop derrière les déboires de l’institution et prétend qu’il s’agissait d’un beau sujet. – “Vous êtes en Master maintenant, vous devez aussi étudier avec les livres, on ne peut pas tout vous mâcher dans la bouche !” – “Si on est en Master, pourquoi est-ce qu’on doit apprendre par cœur et réciter les centaines de déclinaisons au nominatif, accusatif, instrumental, datif, ablatif, génitif, locatif et vocatif d’une dizaine de noms ? Y’a pas moyen de faire un peu mieux avec nos cerveaux d’étudiants de master ?” Pas de réponse. Ce qu’il faut comprendre, derrière cette situation, c’est que S.K. Singh est en charge de la partie enseignement de ce cours de Prakrit, mais seul I.N. Singh, le prof de philo corrompu jusqu’au front, a la charge de la rédaction des sujets d’examens pour tous les cours de Sanskrit et Prakrit. Ce qui reste problématique, car, quand, quelques jours plus tard, je fais remarquer à S.K. Singh que c’est pas la peine d’étudier plus loin vu qu’on est même pas sûr que les questions préparées tomberont à l’exam, je tente la visite de I.N. Singh, qui, bien sûr, fait l’imbécile pas au courant et renvoie la balle à S.K. Singh. Ce dernier est le seul prof, avec Sarao, à tenir tête à I.N., mais le statut relativement précaire de S.K. le rend très vulnérable : il n’a pas son poste en tant que permanent mais comme ad hoc, autrement dit s’il créé trop de vagues il sera facilement éjecté. Lors de l’examen final de Sanskrit Bouddhique au premier semestre, I.N. avait déjà changé le texte de traduction au dernier moment, baisant d’office 20 précieux points sur 70, ce qui avait entrainé l’échec de nombreux étudiants dans cette matière, tous contraints à repasser la matière dans son ensemble un an plus tard. S.K. avait haussé la voix, mais pas trop non plus. I.N. continue de profiter de son pouvoir hiérarchique, S.K. résiste comme il le peut mais il attend surtout les promotions promises depuis quelques mois au département, car d’ici là, il sait que I.N. n’est pas étranger d’une certaine “mafia de l’éducation”, et que lui, S.K., reste un quarantenaire un peu trop vertueux et maigrichon pour ce genre d’affaires.

L’association Salaam Baalak Trust offre à des dizaines de gamins des rues une formation scolaire,
et quelques visites du Pahar Ganj pour présenter leurs activités.
Fin des examens de mi-semestre et Sarao qui réveille le département : pas moyen de dépasser le 14 mai pour la fin des exams, ni d’ailleurs le 20 avril pour celle des cours. 4 jours pour boucler les programmes en mode “pas le temps pour l’inutile“, et la drôle d’impression qu’on aurait pu condenser ce semestre sur 2 ou 3 semaines de cours. Besoin de secouer S.K. Singh quand, mardi dernier, il me dit au téléphone, à 11h, qu’il “ne se sent pas bien“, alors que quelques semaines plus tôt il m’avait confié que c’était son excuse pour le directeur de département quand il a la flemme et préfère continuer sa grasse mat’. Et puis les profs de Tibétains, à qui nous rappelons qu’on doit tout boucler fissa. Une première : quelques séances en aprèm’, cela n’était jamais arrivé sur deux semestres, on urge, et tout ça pour quoi ? Pour entamer les 10 jours d’ennui pré-exams. Bon, j’exagère un peu : Sarao et Sharma nous ont laissé quelques articles à lire, et puis je prends 4 ou 5 jours à préparer mes notes de révision. Rien de bien passionnant : désolé pour la parenthèse.

Notre guide, Iqbal.
Mi-mai et déjà les vacances d’été. Elle est dure la vie d’étudiant en Inde. Enfin, oui, sans rigoler, car le thermomètre frôle déjà les 40 degrés en journée. Les ventilateurs n’empêchent pas la sueur de s’agglutiner. On risque de s’échapper un peu, quelques jours, avec Nandini, vers Shimla ou Manali, stations enneigées en hiver et rafraichies en été, séparées de Delhi d’environ une nuit en bus. Puis retour vers la capitale bouillante pour un bon mois d’efforts afin d’entamer ‘mon livre’, comprendre : le récit de mon périple en Inde. Des centaines d’histoires et de réflexions qui se sont accumulées, cela va de soi, et ce encore plus depuis novembre ou décembre dernier quand cette idée de livre m’est venue en tête pour la première fois. Je suis autant excité par le processus de l’écriture que par la création d’un produit final. Je suis très curieux de voir la manière dont les mots m’amèneront à éluder quelques détails ou en exagérer d’autres. C’est aussi une manière de me tester, car même si j’aime vraiment écrire, chercher des mots, effacer, réécrire et reprendre, je ne sais pas quelle sera ma limite, si après un certain nombre d’heures par jour, je ne pourrai plus. Il s’agira de ma plus grande entreprise d’écriture jusqu’à présent, mais en même temps j’y parlerai du plus grand sujet possible pour moi : ma propre vie. Le récit de l’Inde, bien sûr, mais je ne vois pas comment je pourrai passer sous silence de grands événements de ma vie, qu’ils soient situés dans mon enfance ou adolescence ou bien juste avant de fouler les pieds par ici. Ce sera aussi un moyen, pour moi, de présenter via un récit concret, proche de la réalité et de l’expérience, ma vision de la vie, des vies, des sociétés, des cultures, des arts ou des pensées… J’aurai aussi plus de temps pour mettre à jour le blog, et à mon avis l’essentiel de mon propos tournera autour de cette activité d’écriture. Bref : allez vous trempez les pieds aux Sabias, à St Trop’ ou à Koh Phan Gan mais continuez de checker Indianasam ou au moins votre boite mail (à condition d’être inscrit à la newsletter : clique là, débutant).
Je vais passer les deux premières semaines de juillet à l’université de Manipal, près de Mangalore (ici). J’ai été sélectionné pour une summer school auprès du Center for Humanities and Philosophy. Tanu, l’amie de Tom titulaire d’un Master en Philosophie y avait déjà participé, et m’avait refilé le plan en m’exprimant avec enthousiasme que la qualité y était au rendez-vous. Si j’ai bien compris ce sont certains des meilleurs étudiants indiens, et quelques étrangers, qui devraient s’y retrouver. Le thème de cette session : “The banality of evil” (“La banalité du mal“). L’expression est de Annah Arendt, survivante de la Shoah, mais le débat devrait s’élargir vers d’autres horizons. Ce projet ne manque pas d’accroitre mon excitation : un peu d’occupation estivale, de la réflexion gratos, des frais payés, un peu de voyage et si on a de la chance, des enseignants et des camarades étudiants doués !

L’Inde championne du monde de cricket. De la ferveur populaire, bien sûr, mais bien moins que
ce que j’avais vu avec le foot en France. Je détaillerai cet événement dans le livre.
Le gros changement de cet été, ce sera mon déménagement. Je compte quitter mon appartement pour rejoindre le ISH ou International Student Hostel, comprendre : Résidence des Étudiants Internationaux. Bien moins de confort, mais un loyer divisé par 3, plus proche de l’université et pas besoin de cuisiner (cantine). Mais surtout, ce sera un moyen de relancer mon intérêt pour l’expérience en Inde, qui, plusieurs fois cette année, a souffert de ma localisation à Ghanta Ghar. Ce quartier relativement bruyant, sale mais surtout assez populaire, non-anglophone, a plusieurs fois amplifié mon sentiment de mal-être plutôt que de le tirer par le haut. Les contacts avec la population de ce quartier ont formé une grande partie de ma découverte et de mon rapport avec les indiens, dans ce qu’il y a de plus difficile, avec l’incompréhension, les moqueries, les jugements, et aussi ce qui donne un sens à l’ensemble, à savoir le sourire d’un simple marchant. Ghanta Ghar me manquera. D’autant plus que, depuis un mois ou deux, j’aide désormais Tom à l’art de la cuisine et le marché de légume, à une minute de notre palier, est grandement pratique et apprécié. Ces activités disparaitront l’an prochain, mais ce sera au profit d’une cohabitation, à l’échelle de la résidence, avec des individus originaires de toute l’Asie et de l’Afrique, et qui, surtout, sont tous anglophones, ce qui risque de m’offrir, finalement, nombres de rencontres et d’échanges. Le déménagement devrait avoir lieu soit en fin juin, soit en fin juillet, juste avant la reprise des cours.
Août 2011 : reprise des cours. Deuxième année du Master en Études Bouddhiques. Je vais très probablement opté pour l’option Histoire du Bouddhisme, qui, en plus d’être assurée sérieuse de par la présence de K.T.S. Sarao, devrait satisfaire mon simple désir d’apprendre un peu plus sur le Bouddhisme, sans me spécialiser dans la littérature en langue Pali, Sanskrit Bouddhique ou dans le Bouddhisme Tibétain ou Chinois. L’option Philo a été clairement rayée de mes possibilités après avoir pris conscience de l’emprise d’I.N. Singh et toutes les histoires que cela entrainera. C’est bien dommage, car S.K. Pandey semble particulièrement bon et rigoureux dans ces réflexions. Pour le plaisir ou pour des questions de compréhension personnelle en Philosophie Bouddhique, je lui ferai surement appel.

Jaime, excellent pote, si ce n’est meilleur pote à Delhi, arrive à la fin de son séjour Indien.
Une bonne route à lui et on l’espère de retour sans tarder !
Mais l’année prochaine, c’est avant tout mon projet de recherche sur René Girard et le Bouddhisme. Bien qu’il soit de retour depuis quelques jours déjà, je n’ai pas encore rencontré K.T.S. Sarao afin de voir s’il approuve l’idée, avant même de commencer les formalités. Si formalités il y a, car il est aussi fortement possible que rien de ce travail ne soit officiel ou incorporé à mon Master, vu que contrairement à d’autres départements, il n’y a pas de possibilité de thèse proposée aux étudiants du Master de Buddhist Studies. Je continue mes lectures de Girard, pour une compréhension globale autant que pour développer ma réflexion sur le sujet que je souhaite approfondir. J’aimerais montrer comment la théorie de désir mimétique de René Girard repose sur certaines compréhensions fondamentales des êtres et des relations qui sont communes avec le Bouddhisme. Les objectifs sont multiples : produire un travail de qualité, prouver à Sarao que je suis un bon élément (ce qui ne sera jamais de trop en vue de lettres de recommendations pour de prochains programmes universitaires) mais surtout tenter de voir mon article publié dans Contagion, la revue académique sur la violence, la mimesis et la culture et journal quasiment officiel des études girardiennes.
Cela nous amène à l’été 2012 et la fin de mon séjour indien. Passons les larmes et adieux : alors que je songeais enchainer directement avec une expérience d’enseignement de français langue étrangère dans un nouveau pays (peut-être le Brésil), je réfléchis depuis peu à un retour en Europe pour un an. J’arrive à cette conclusion en pesant les éléments de la situation : je souhaiterais finir mon brouillon du livre et chercher une maison de publication ; je ne refuserais pas de retrouver ma famille, et de peut-être conduire quelques entretiens avec mes parents ; j’aimerais continuer de me faire un nom et simplement relever le défi de la traduction anglais – français de quelques livres sur René Girard ; et finalement je devrai préparer le GRE, test d’entrée obligatoire pour tous les programmes Master – Doctorat aux USA. Un retour en Europe, donc, mais toujours peu d’envie de rester en France, alors si la situation et les finances le permettent, j’espère passer cette année à Amsterdam, une ville agréable et cosmopolite qui m’avait directement séduite lors de ma visite avec ma promo de l’ISCEA, en mars 2009. Pour ajouter un peu de beurre dans le gouda, je proposerai surement mes services de prof de soutien, peut-être auprès de gamins de diplomates francophones, si les parents de Lorenz me refilent quelques bons plans. Enseigner le Français Langue Étrangère sera aussi une option, mais je souhaiterais avoir une activité peu prenante afin d’avancer mes projets sur le côté. Mais tout cela reste très vague et à déterminer.

Dernière étape de cette horizon exponentiel. D’une manière ou d’une autre, je devrai finir aux USA pour un Master et Doctorat (ce qu’ils appellent le Graduate Progam). Niveau finance, c’est dans le vert car la plupart des universités paient les frais complets de ce genre de programme, et il existe des tas de manières (petit boulot, bourse, prêts, etc.) pour y ajouter d’autres sources de revenus. Niveau sélection, ça ne sera pas gagné d’avance mais j’ai aujourd’hui acquis une certaine confiance qui me fait réaliser que j’ai vécu beaucoup d’expériences, j’ai pas mal étudié, et que j’ai développé un intérêt académique ou extra-académique pour un certain nombre de sujets, et tout cela me fait dire que j’aurai ma place dans l’une des milliers d’universités américaines. Toute la question est de trouver le bon département, dans la bonne université. Récemment, mon pouls a pris le rythme des meilleurs teckotnik parisiennes quand j’ai découvert que Jean-Pierre Dupuy, grand penseur français (auteur notamment de la notion de “catastrophisme éclairé”) mais surtout spécialiste de René Girard, est professeur titulaire au Département de Français de l’université californienne de Stanford. Très aimable, il répond à mes emails mais me déconseille fortement de pointer mon nez à Stanford : ici, alors que Girard y a enseigné de 1980 à 1995, il est encore complétement exclus des réflexions académiques, vu comme trop peu scientifique, trop interdisciplinaire ou, simplement, trop chrétien. Malheureusement, d’après Dupuy, le constat est le même à travers les universités américaines, et même en France. La conversation s’arrêtera là après une surprenante réaction de Dupuy, quand mes questions s’étalent sur trois gros paragraphes. Mais l’essentiel est là : le projet grandit. Je ne suis pas franchement aidé, mais au moins je connais un peu mieux la situation. D’après Dupuy, les spécialistes de Girard ont du se battre contre le système universitaire, et s’ils sont à leur place aujourd’hui, c’est grâce à leurs travaux respectifs sur d’autres sujets. D’un autre côté, les discussions avec Tom et la lecture de divers points de vue me permettent de descendre Girard de son piédestal et de commencer à entreprendre un regard dans la prolongation de Girard tout en restant néanmoins critique à l’égard de sa théorie. En parallèle, je continue ma découverte d’Emmanuel Levinas, connu comme le “Philosophe de l’Autre”, qui me parait totalement fascinant et tellement pertinent. J’ai aussi récemment commandé un manuel d’anthropologie utilisé dans de nombreux programmes américains, pour voir si cette discipline et sa pratique me conviennent.
L’essentiel, c’est que ça continue. Et c’est bien le cas ici.
Des bisous, et, comme d’hab’, plein de photos : l’album photo “Étrangers »