
Mardi 10 mai 2011. Examen de Prakrit bouclé après 1h20. IN Singh ne s’est pas cassé le cul et nous a photocopié le même exam’ que l’an passé. Je glande au département, en attendant les rares indiens qui sont encore mes potes. Un dernier chai pour la route, et retour à la maison.
Et là, réalisation tragique : “merde alors ! qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de mes vacances ?”

Le doute s’estompe peu à peu pour me laisser bien conscient d’une banalité : merde alors, j’ai vraiiiiiment beaucoup à faire. J’occupe mes premières journées de petites activités informatiques et autres, pour la plupart laissées de côté ci et là au cours de l’année. Deux diners avec KTS Sarao, mon directeur de département, pour découvrir que mes surprises de cette année ne sont absolument rien face aux insolites inimaginables que ses deux décennies au département lui empêchent d’oublier. Le personnage est très accueillant, et s’ouvre sans difficulté, comme s’il en avait trop vécu pour que aujourd’hui, quoi que ce soit ne puisse le freiner. J’apprécie son honnêteté, ses confessions, l’aveu de son angoisse de la mort que même sa femme, indienne canadianisée, ne peut comprendre. Au passage, il accepte mon projet de recherche sur Girard et le Bouddhisme pour l’an prochain, et m’assure son soutien, sans me montrer trop d’intérêt pour le sujet. Mais pendant ce temps, je laisse de côté l’activité centrale de ces vacances : le début de l’écriture de mon récit sur l’Inde.

Mais j’ai une bonne excuse. L’excuse a un nom : Lorenz. Fin de mon semestre de soutien à ce petit gamin suisse inscrit en CM2 à l’École Française de Delhi. D’abord une sacré bonne affaire financière (700rs de l’heure, soit 11 euros, une belle cagnotte vu le prix de la vie ici), l’activité est rapidement devenue un plaisir. Plaisir d’accompagner, plaisir d’aider, et, progressivement, plaisir de jouer le rôle de grand frère. Autant dire qu’on a plus parlé de filles que d’algèbre, mais au final on sait bien que c’était le bon choix. Cette expérience, c’était aussi pour moi la première découverte du monde des expatriés, des ambassadeurs et compagnie. Je les imaginais pimpants, dégoulinants de luxe et d’argent ; la résidence de Lorenz et les membres de la famille eux-mêmes ne manquaient pas d’élégance mais j’ai trouvé ce foyer très chaleureux, avec des parents présents dans la limite de leur boulot surchargé, des parents qui s’adressent à leur enfants “comme à des grands”, un foyer où les employés de maison (chauffeur, femmes de ménage, cuisinière, garde…) acceptent leur rôle sans jalousie inter-culturelle, sans rancœur, dans le respect de l’autre.
Alors en ce début de juin, le bye bye fut douloureux, avec Lorenz comme avec le reste de sa famille. L’invitation est lancée à Bern, alors, sait-on jamais, peut-être un jour verra-t-il arriver ce prof de soutien oublié, ce “vieux fou“ comme il aimait à me surnommer, et que je lui rappellerai à quel point, à 11 ou 12 ans déjà, il comprenait déjà beaucoup, tellement de cette vie…

Quelques clichés de nos soirées cosmopolites de jeunos’.
(Ci-dessus : Pologne, Allemagne et Brésil)
Emploi du temps libéré = écriture. Pour un résultat mitigé : 3 semaines et seulement un chapitre de bouclé. Et je n’ai même pas encore parlé de l’Inde. Je souhaitais aborder la France, via mon dernier semestre à Angers, entre janvier et juillet 2009. Histoire de situer l’histoire, les émotions, les souvenirs afin de mieux faire passer le message de l’expérience indienne. Une écriture non sans douleur, quand les doutes et les souffrances d’une période de vie sont revenus lors de cette étape de remémoration. Mais on s’accroche, et quand la dernière page se tourne les sentiments partent avec. Heureusement.
Cet exercice d’écriture fut définitivement intéressant, et riche en enseignements. Pour commencer : écrire, ça prend du temps. Une, deux pages par jour, trois ce jour-là où j’avais pris une demi-semaine auparavant pour lister approches et anecdotes. Seconde leçon : lire, c’est long aussi. En effet, je compte baser mon travail de mémoire et d’articulation de mes souvenirs sur le journal personnel que je tiens depuis l’été 2008 et mon arrivée aux USA. Autour du semestre angevin de 2009, il m’était en général difficile de couvrir avec attention, par jour, plus de 20 journées de mon journal. Et quand je mis les pieds à Delhi, en août 2009, j’eus la bonne idée d’écrire en moyenne une bonne page quotidienne…

Il m’aura fallu deux ans en Inde pour retomber amoureux de mes compatriotes.
Autant de pleurs quand leurs départs sonnent : quelques semaines après Jaime, mi-spanish,
c’est maintenant Flo qui nous quitte, lui le mi-breton. T’inquiète mec, je viens de Vendée.

Plusieurs conclusions : je ne pourrai pas remettre l’écriture du reste de mon livre à l’été 2012. Il faudra écrire pendant l’année universitaire. J’espère que le retour des cours m’offrira un rythme plus productif. Je crois aussi que certaines périodes de la journée sont plus propices à une bonne productivité de ma part, en particulier entre 18 et 20h. La tâche sera ambitieuse et demandera une bonne rigueur : avancer les lectures du journal, écrire régulièrement pour le livre, sans oublier d’avancer en parallèle ma recherche sur Girard et le Bouddhisme, qui offre un intérêt qui n’a d’égal que la masse de lectures et de travaux de synthèse à abattre. Un sacré putain de défi. Mais bon, pas besoin de s’appeler Tom Cruise pour lâcher une phrase classe du genre : Mission accepted.

Je quitte la capitale suante dans quelques jours pour Goa, où je m’abriterai de la mousson chez quelques amis qui viennent d’acquérir une villa près de Palolem Beach. Je prendrai ensuite les voix ferrées pour rejoindre Udupi, au sud du Karnataka, et mon programme universitaire estival de Philosophie à Manipal University. Retour à Delhi le 17 juillet avec des tas de bêtises administratives et logistiques à régler, à commencer par le renouvellement de mon visa et le déménagement vers la résidence des étudiants étrangers. En route vers Year 3 !

Clique là, ami lecteur, si tu veux quelques aperçus supplémentaires de mon juin de flemmard.